| Hier est mort quelque part ... |
LiseCC
Site/blog
352 messages
|
posté le 2009-08-13 à 23:25:16
Hier s’est évaporé. Nous accrochons nos yeux à des yeux de neuf ans, une salle de classe avec ses trente élèves, le regard de l’enfance sous la frange de brume.
Nous scrutons le regard des amies d’autrefois, en espérant entendre dans l’étroit carton pâle l’écho d’un triple rire croulant en roucoulade. Les trois inséparables, et nous riions beaucoup.
Hier est mort quelque part, silencieux, loin de nous. Entre rue et trottoir, entre classe et solfège, entre petits chaussons de danse et aquarelle, entre rires aigués et cinéma refuge.
Hier s’est enfui sauvage derrière l’écran bleu d’un chalet d’altitude au sommet de l’alpage, entre les roseaux gris au bord de l’océan. Il ne reste qu’un rire, une larme, un parfum. Un nom, gravé en soi, plus fort que tous les âges.
Ne reste rien d’hier, hormis le souvenir, brulant encore et chaud et vibrant de souffrance, au milieu de ma joue, de la giffle reçue, comme ces d’enfants blonds rougissants sous l’insulte. Hier s’est bien effacé au long des mois passés. La brulure est toujours vibrante sur ma joue.
On en tremble, on en meurt, on se croyait souffrants, transis, de vents vétus, et d’herbes odorantes. On se voulait superbes, pétris de souvenirs, et de mots, et de sons, amants des amours mortes, compagnons d’infortunes, amis des longs chemins.
On se croyait insaississable, on est saisis en voyant ce qui nous a fait tant de mal. On en rit.
On pense avec mépris à cette petitesse, à ces impérieux besoin d’eux, qu’on avait. On ne se comprends plus. On hoche un peu la tête, on retient nos mots tendres. Qui fuseraient encore par un dernier réflexe, un sourire amical, un geste d’amitié. On se voulait d’hier quand on n’est qu’aujourd’hui. L’aujourd’hui sans tes mots résonne dans les creux.
Dans l’enfer de l’hier hurlent les souvenirs. Je ne crois plus en rien, ni aux lois, ni aux hommes. Aux chiens encore, peut-être, et aux chats de gouttière passants majestueux de l’ombre au clair-obscur.
Dans l’enfer de l’hier, la mémoire vacille. Les mots sont là, écrits, et ne s’effacent pas. La giffle sur la joue garde son importance. Les lêvres de demain n’en effaceront rien. On n’oublie pas, vois-tu, dans l’enfer de l’hier.
N’est pas Judas qui veut. Et pour la rédemption il faudrait un Jésus courbé sur la croix noire. A force de jouer sans fin au roi des rois, il arrive qu’on meure, n’étant pas fils de dieu.
Dans la folie d’hier, là-haut, sur l’Acropole, comme aussi dans l’Olympe, les dieux se faisaient forts d’être sages et sans haine. Ils régnaient sur les hommes, et de leurs punitions, on a fait des poêmes au pays des chansons.
Dans l’amour de l’hier la joie était vibrante, couronnée de mots riches entrelacés en phrases. Elle est tendre, la nuit ; et fragile l’aurore, au pays des langages. Dans l’horreur de l’hier, les mots se sont enfuis.
Dans la joie d’aujourd’hui, ils sont tous revenus.
Dernière modification le 13-08-2009 à 23:25:52
Dernière modification le 14-08-2009 à 01:01:12
Dernière modification le 14-08-2009 à 04:11:12
|
CC
|
flo
Site/blog
187 messages
|
posté le 2009-08-14 à 12:41:59
Très beau cadeau de vacances Lise ( je pars ce soir pour une semaine) Cette petite musique nostaligique, aprfois un peu amère, aprfois simplement réconciliée. Il faudra que je le relise, il s'y trame de nombreuses histoires....
Et des passages superbes!!!!
|
|
LiseCC
Site/blog
352 messages
|
posté le 2009-08-14 à 20:44:47
merci, Florence - et bonne semaine de vacances, loin de tout ordi et claviers - mais photos photos, please !!
Je fonce dans Manèges, c'est encore plus beau quand on le relit après cette pause de plusieurs mois. Tu vas être EPOUSTOUFLEE à ton retour!!!
|
CC
|
Mahatma Bandit
|
posté le 2009-08-15 à 00:14:04
C'est beau, c'est fort, ça remue, c'est de la vie, ça donne envie de regretter, d'espérer de pardonner, de se pardonner, ça donne envie de mordre et d'embrasser. C'est de la vie, tout simplement.
|
|
LiseCC
Site/blog
352 messages
|
posté le 2009-08-15 à 04:51:01
ah toi, que je te languissais ( c'est un terme languedocien qui signifie bien ce qu'il signifie !)
Tu es en vacances ? tu écris ? tu rêves ? tu es heureux ?
Merci, merci de tous ces compliments, ami Bandit-des-routes-et-des-chemins : regretter, espêrer, pardonner, mordre et embrasser : tout ce que j'aime. Oui, je crois bien que c'étaient un peu mes envies, au moment où j'ai écrit ce texte.
Tiens, savez-vous qu'un ami me reprochait un jour de n'écrire QUE sous émotions (comme on dirait sous antibiotiques )
Et quoi, c'est pas bon, les émotions, peut-être, Pitalugue ?
|
CC
|
|
LiseCC
Site/blog
352 messages
|
posté le 2009-08-16 à 21:54:07
Voilà, voilà, c'est ça tout à fait !
Oh, mais j'essaie aussi d'être lucide, plutôt le matin au saut du lit, quand la vie n'a pas encore eu le temps de me sauter dessus. Les heures passant, ma lucidité s'effiloche.
Dit, on pensait, Flo et moi, que nous pourrions/devrions reprendre MANEGES, pour le terminer. Tu en penses quoi ?
|
CC
|
Mahatma Bandit
|
posté le 2009-08-17 à 01:30:52
J'en pense que c'est une très bonne idée. Je ne m'inquiète pas du tout de sa mise en sommeil pendant quelques mois, au contraire, c'est très bien de l'avoir laissé mûrir un peu. On commençait à se prendre les pattes dedans et on a pris chacun la bonne décision : le laisser respirer. C'est un excellentissime atelier, que je chéris vraiment, avec un vrai gros potentiel, une petite bombe de vie, et je suis sûr qu'on va le reprendre vers la rentrée. Vraiment, celui-là, j'y crois à fond.
|
|
LiseCC
Site/blog
352 messages
|
posté le 2009-08-17 à 14:40:02
J'ai promis à Florence de le reprendre UNIQUEMENT pour le mettre en page, afin que nous puissions le lire facilement.
J'y travaille. Le hic, c'est que je me demande comment je vais faire pour vous faire parvenir le doc ?
Oui, j'adhère à ta théorie de laisser les textes reposer lorsqu'ils ( les auteurs ET le texte) comemncent à s'essoufler. En le reprennant, actuellement, j'en découvre toutes les richesses, celles sur lesquelles j'étais passée trop vite sur l'instant.
|
CC
|
LiseCC
Site/blog
352 messages
|
posté le 2009-08-17 à 16:14:08
sans émotions = (pour moi) lucidité stérile, aseptisée. je ne dis pas que c'est sans valeur, mais ...
je cogite : tu as le don d'inciter !
|
CC
|
L'Ecrit-tür est plus grande que les Mots pour le Dire
|