| Énamouré d'abîmes |
Mahatma Bandit
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posté le 2009-10-17 à 20:35:15
À Lhasa, dix ans et demi plus tard...
"Pajarillo, tú me despertaste
Enséñame a vivir
En un abismo yo te esperé
Con el abismo yo me enamoré"
- Lhasa de Sela
Plus qu'un corps
elle avait une silhouette
et elle parlait parlait parlait
sur la scène
elle parlait longtemps entre deux chansons
à chaque phrase
on comprenait de moins en moins
elle parlait un excellent français
mais je crois que quelque chose
-où qu'elle aille dans le monde entier-
je crois que quelque chose
-va savoir quoi-
quelque chose ne lui suffisait pas
petit chat maigre jetait des ponts de langue
des routes de gorge et de salive
parce que peut-être
l'un de nous dans la salle
aurait enfin une piste à lui donner
une suite de phrase à lui miauler
petit pépin de piment
quand tu ouvrais la bouche
on embrassait des volcans
et tu nous parlais de tout ce qu'on rate
de cette pluie qui tombe trop fort
après la sécheresse
cette putain d'eau qui se verse trop à la fois
qui ne donnera à boire à personne
qui jettera encore plus de familles dehors
on voyait devant nos yeux
les pauvres se noyer
aggripés à des caisses marquées de nos noms
sa voix ressemblait à une corne de brume
et ses chansons parlaient de moi de toi
du toi qui es en moi
du moi qui suis en toi
et aussi de cette vitre qui nous sépare de tout
contre laquelle nos poings cognent
ses chansons parlaient d'elle
de l'enfant et de la jeune femme qui parvenaient à trinquer
- après tout ce chemin-
à la même table de la taverne
elles fêtaient un merveilleux évènement
elles venaient de découvrir
que finalement
vingt ans après
elles ne se détestaient pas trop
et même que ce soir elles se sentaient prêtes
à faire beaucoup d'enfants
ensemble
je sentais son cheval
- il avait traversé trois pays-
je sentais son dos masser mes couilles
et j'ai toujours pensé
comme elle
que les plus beaux enfants se font ainsi
sur le dos d'un animal
qui galope et saute par dessus les frontières
j'ai toujours pensé que la vie se donnait ainsi
quand on a renoncé d'abord à tous ses noms
et ta magie était telle
petit pépin de piment
et ta magie était telle
sculpteuse d'utérus
que j'ai su ce soir là
en te montant sans selle
énamouré d'abîmes
que moi aussi je pouvais me remplir
que moi aussi j'étais mère
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Mahatma Bandit
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posté le 2009-10-18 à 02:22:22
Dans la famille "Fautpaschercher", je demande le Mahatma.
Genre, le concert en question devait être vers pfff chais plus, début 99, ou peut-être même début 98, impossible de me souvenir, en tout cas un des deux, et là ça m'est remonté fort d'un coup, sans raison spéciale, comme ça, paf, presque 11 ou presque 12 ans après, à part que je l'adore, mais bon,ça ne suffit pas (sinon, j'aurais aussi fait un poème sur Clint Eastwood depuis longtemps )
Quels étranges chemins ces choses là prennent parfois...
Comme disait l'autre "ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs".
Pour entendre la chanson de Lhasa citée en exergue :
http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/lhasa
Cliquer sur "El pajaro". Conseil : écouter tout le reste avec :)
Le clip de "Con toda palabra" : http://www.youtube.com/watch?v=6Eg1fms4DSY
Rhaaaa, cette voiiiiix
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isa
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posté le 2009-10-18 à 11:36:02
ah la la la la, Lhasa, quelle merveille...
t'en fais pas, moi des choses bien plus vieilles encore remontent
les deux poèmes font du bien, ça donne de la couleur et du chaud
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isa
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posté le 2009-10-18 à 12:39:45
dans plusieurs cas chez moi, le fait de voir réapparaître un événement très fort, même d'il y a très longtemps, était lié au fait que, à présent, je le "comprenais", même si je ne sais pas très bien ce que signifie ce "comprendre". Disons que je trouvais qu'il s'inscrivait dans quelque chose d'harmonieux.
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flo_moderateur
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138 messages
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posté le 2009-10-20 à 17:02:41
mon commentaire pas passé, vais me fâcher...
Bon, tout ça pour dire que j'aime dans ce texte cette extrême tendresse des naissances, des gestations, des noeuds de vie avec cette violence langagière non polissée qui oblige à l'envisager non pas comme métaphore mais comme réalité.
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