| un petit exercice de style, en passant |
flo
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posté le 2009-07-10 à 18:40:21
C’est brusquée par toi, et de rêves et de souvenirs, même pas de l’hologramme d’un fantasme, juste par cette possibilité du désir qui a surabondé, dans cet instant minuscule, ce croisement – la forêt sollicitait ses ombres pour te dessiner une silhouette plus proches des jeunes saules – cette passade d’œillades, une salutation, simple, le soulèvement du chapeau et l’inclinaison brève de la tête en moins.
C’est ainsi, donc, brusquée, sortie de cette déambulation en torpeur, alors que mes yeux précédaient d’à peine quelques centimètres l’allant de mes chaussures… alors qu’est-ce qui, en toi, ou alentour de toi –je te tutoie, je te, car tu es en moi déjà, teinté jusqu’à la fibre – qu’est-ce qui, bon dieu je te le demande, m’a fait sursauter et lever l’ancre de mon regard, relever mon visage, scruter vers cette ombre qui émanait à peine du plus obscure du chemin ?
Et dire ta danse, car marcher pour certains êtres est une danse, un déhanchement puisant dans le rythme ternaire du sol, son clapotis élastique, ses glissades caillouteuses quand chuinte le pas qui retient à peine le corps entraîné par la pente. Tout était neuf dans ce qui se mouvait non pas au hasard, mais – j’en étais plus que certaine – vers moi, vers ce creux de moi qui t’appelais, nouvel être à chérir, de toute grâce, de tout vœux.
Puis l’odeur, dense, lourde, ses filets lancés sur toutes choses, la puissante émanation du musc forestier, les fougères, le tain, l’humus tiède et ce souvenir de pluie chaude, drue, gifle tout à l’heure quand je me croyais encore seule et que j’avais levé les bras au plus haut en suppurant toute peur et gémissant toute joie. Et cette odeur persistante, clé pour percevoir jusqu’à la tendresse de ton pied droit, traînant un lacet réfractaire, jusqu’à ta moue d’homme dépris de toute femme, querelleur intestin, sans quête.
Et quand ton corps eut fini de choir de l’ombre à la lumière et l’odeur de se serrer au plus près de tes pas, j’ai pu enfin t’apercevoir, nu de visage, entier.
Trop entier pou te reconnaître, toi l’homme, vous les anciens, les ex, les feus, les follets, les fuyants, les fouteurs de cafard, les farcis de faiblesses, les finis, fini.
Ton visage, ta silhouette, ce désir indésirable, pourquoi sinon pour eux tous qui venaient vers moi, qui s’en vont vers d’autres et je t’aime, je t’aimerai, je t’ai aimé fulguramment, inconnu trop connu, l’homme d’ombre, tes hanches de saule et ta bouche sentant la sève du matin.
Tu es rentré dans les ténèbres que j’avais quittées quelques secondes auparavant, la boue a absorbé tes effluves, ta forme, mes espoirs, et notre si brève histoire brusquement absoute de mystère.
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christiane
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posté le 2009-07-10 à 20:34:32
C'est très très beau! Aurais-tu épousé un arbre, à défaut de la forêt immense?
J'aime énormément tout ce qui parle d'arbres, de forêts...C'est mon enfance et ma vie.
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LiseCC
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posté le 2009-07-11 à 03:01:33
C'est plus que beau, je suis sans mots, Florence - je te découvre tellement différente de ce que je croyais connaître de toi jusqu'à présent ; une autre facette, l'arrière du miroir, toi sortant d'une ombre. L'inconnue, même si je te lis depuis des années. Tu vois, cela confirme ce que j'écrivais il y a quelques jours : Etre soi-même, extraire de nous ce que nous sommes ( sans nous raconter tout en nous racontant.) et tout est là.
J'aimerai avoir écrit cela, argggg je suis jalouse
Homme, femme, ou arbre, ou nuage, ou l'air, ou simplement la vie : quelque chose, aimé. Il n'y a que cela de vrai.
Dernière modification le 11-07-2009 à 11:43:42
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CC
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flo
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posté le 2009-07-11 à 18:23:03
Ah? raconte ce que tu croyais connaître de moi?
Ce texte est on ne peut plus fictionnel et pourtant, oui, il dit de moi cette appréhension de la forêt, des ombres, des regards qui se croisent. mais je ne suis pas le je qui parle là......
ce texte a été écrit pour le site liminaire de pierre ménard, dans la section ouverte à tous, wiki, "marelle".
Essayez aussi!
"Publication sur Liminaire de Pierre Ménard, Marelle zone d'activité poétique, d'un petit exercice de style "Pavane pour un amour perdu" à partir de "Les petites terres" de Michèle Desbordes http://www.marelle.cafewiki.org/index.php?PavaneAmourPerdu1"
Une nouvelle contrainte tousles vendredis...
Dernière modification le 11-07-2009 à 22:05:49
Dernière modification le 11-07-2009 à 22:08:35
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flo
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posté le 2009-07-11 à 18:39:08
En fait, Lise, je ne sais pas très bien ce que tu ressens à la lecture de ce texte, quand tu suggères que cela dénote d'une facette que tu ne me connaissais pas... que veux-tu dire? Ca m'intéresse?.
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Mahatma Bandit
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posté le 2009-07-11 à 22:49:24
C'est bon de rire.
Deux pièges sont à éviter :
- Croire que l'auteur raconte sa vie.
- Croire qu'il ne raconte pas sa vie.
Il se dit autrement, en transposant.
Petit témoignage amical de votre humble collègue :
Moi, je contourne ce genre de choses à ma manière : souvent, ce sont mes lieux, ou au moins des éléments de ces lieux qui sont autobiographiques. Et le reste, c'est une histoire. Comme ça, j'ai à la fois ma proximité et mon recul, et ça me maintient plus ou moins à la bonne distance.
Ex : la Mare aux Lunes de "Roi" existe, je suis allé à Grenade plusieurs fois "Son chant entre les herbes" et je connais beaucoup de gens d'origine espagnole, j'ai monté-descendu-remonté xx fois les marches de l'escalier de Sébastopol de "L'oreille de Van Gogh", je connais bien et aime La Rochelle d'Aliénor et la Charente de Soeur Marie-Gabrielle, j'ai marché sur la route de Seysses sur laquelle marchent Clara et Cedro de "la fille aux deux soleils", etc. Ce sont parfois aussi des territoires intérieurs, mais qui n'en sont pas moins réels.
Là-dessus, je greffe des histoires totalement inventées. Je serais incapable de raconter un épisode tel quel de ma vie, avec des gens tels quels de ma vie, dans un texte. Je suis trop affectif de nature, et donc, je n'aurais aucune distance et résultat, le texte serait très mauvais. illisible.
Néanmoins Il est obligatoire que j'y mette quelque chose de moi, élément que je lance , souvent à mon propre insu, dans le grand chaudron de la fiction. De toute façon, souvent, c'est le texte qui décide, ce que je "veux" devenant secondaire.
D'ailleurs, Lise écrit fort judicieusement ( sans nous raconter tout en nous racontant.), et tout est dit.
Au fait, bonjour
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flo
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posté le 2009-07-11 à 22:56:04
Oui, Stél, mais nous continuions ici une discussion commencée sur le blog de Lise... Sur l'évitement que beaucoup d'auteurs mettent à "se donner" comme Lise le soulignait avec emphase dans un de ses derniers billets. Lise ne veut pas nécessairement parler d'éléments autobiographique, mais d'une manière d'écrire qui soit moins protégeante, plus "authentique" ( mais lise tu peux me corriger si tu estimes que je déraille).
C'est sur ce point que je demandais l'éclaircissement de Lise concernant ce texte...
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Sinon, oui, tout ce que tu dis me paraît évident tant cela est partagé !
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LiseCC
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posté le 2009-07-12 à 13:09:58
oh my god, je pars dans une heure voir l'exposition Degas, vers le nord, à une heure de chez moi, à Glenn Falls,(NY) une ville qui a reçu hier une alerte tempête ET tornade.. On ne fait pas els choses à moitié, ici.
Si je survis, vous aurez une longue réponse ce soir.
Je fais un saut vers le site en question, Flo. Merci .
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CC
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flo
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posté le 2009-07-12 à 21:51:35
liiiIIIIIIIIiiise??? tu m'enteeNNNNNds???
(faut crier fort si tu es dans la tornade!)
tu es revenue?
(J'adore Degas, J'aime ses peintures et sculptures visibles au Quai d'Orsay)
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LiseCC
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posté le 2009-07-16 à 19:38:53
Je t'entends !!! il n'y a plus de tempêtes, il fait un beau soleil, c'est l'été, les vacances et je fais Niante en rêvant aux cigales lointaines comme c'est pas permit.
Bisous à tous, je ne suis pas loin. juste là, non, plus bas, sur la branche du vieux poirier.
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CC
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JC Heckers
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posté le 2009-07-28 à 15:24:24
J'adhère en bloc, je me laisse entraîner, emporter de la première à la dernière ligne. Plusieurs lectures à plusieurs jours d'intervalle et toujours la même conclusion. Je garde le souffle coupé et demeure étourdi.
Entre nouvelle et poème en prose, un joyau déposé dans l'auberge.
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CC
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