jeu d\'écriture : ECRIRE JARDIN

Jeu des jardins

Ecrire en avril, c’est écrire feuilles neuves, fleurs, bourgeons, zoziaux, éclosions - bref, c’est écrire jardins

Mahamat a lancé le premier texte avec Yessica. On peut soit reprendre le/les personnages de Mahamat et continuer (bien que le personnage principal ne fasse plus partie du décor, mais enfin, on peut toujours écrire au passé, hein ?) ; soit reprendre l’histoire vue sous un angle totalement différent ; soit écrire quelque chose qui n’a rien à voir avec le jardin de Yessica ; mais il faut impérativement que dans le texte figurent des images de jardin ou des descriptions de jardin, quelque soit le jardin que nous inventerons ou ferons revivre.

Photos, dessins ? bien sûr, nous prenons TOUT !!

Ca vous dit ? Allons-y !

Et pour lancer le jeu, je poste(re) Yessica, son plantoir et son petit pliant.

YESSICA
par Mahamat Bandit

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Tu régnais sur un petit carré de deux mètres sur deux mètres.
Tu disais toujours que ton royaume te paraissait immense. Tu avais quelque chose à toi, c'était minuscule mais tu y passais tes samedis et tes dimanches.

Ton jardin se trouvait en pleine ville, au milieu d'un parterre de fleurs, au centre d'un carrefour. On entendait les voitures et tous les bruits urbains à fond. Toi, tu t'amenais avec ta chaise pliante, tes plantoirs, ton petit sac de terreau et ton transistor qui tentait d'imposer la cumbia dans le chaos ambiant.
Et personne ne t'a jamais rien dit. Aucun policier n'est jamais venu te mettre la main sur l'épaule pour te dire d'arrêter. Si, une fois, il y en a un qui est venu. Il a posé sa main sur ton épaule, il ne savait pas comment t'aborder, c'était tellement énorme, cette vieille dame qui plantait tranquillement ses fleurs, en pleine ville. Il a cherché comment te parler, t'expliquer que tu étais hors-la-loi, que ça ne se fait pas. Il a cherché ses mots, il a pris une grande inspiration pleine de pots d'échappements et de vacarme, mais aucun son n'est sorti de sa bouche.

Il est là, aujourd'hui, il est juste à côté de moi et il n'arrête pas de hocher la tête devant ton cercueil. Il vient juste de me dire qu'on aurait dû te donner le droit d'être enterrée dans ton petit jardin.

Tu t'appelais Yessica, tu étais arrivée de Colombie, tu ne te souvenais plus de l'année exacte, mais c'était vers 1975. Comme tu ne ratais jamais rien de l'actualité, que tu dévorais les journaux et les radios, en espagnol et en français, tu t'étais présentée à moi en me disant que tu t'appelais "Yes, we can ! ". Et ça te faisait rire à n'en plus finir. C'était l'époque de l'élection d'Obama. Tu avais quatre-vingt deux ans et tu riais de n'importe quoi comme une petite fille.
Je ne t'ai pas connue longtemps, un an et demi, tes derniers dix-huit mois de vie, mais j'ai envie de dire aux gens que je t'ai bien connue. Je crois que c'est un peu vrai.
Il se trouve que je parle un peu espagnol. Au début, j'ai cru que c'était pour ça que je faisais un détour pour aller te voir. Une sorte de cours gratuit. Après tout, c'était crédible, c'était un mensonge solide que je pouvais me faire à moi-même. J'aimais réellement la langue espagnole et la parler, même mal, était un vrai plaisir pour moi. C'est beaucoup plus raffiné de se mentir à soi-même avec une vérité qu'avec un mensonge.
Ensuite, j'ai même prétendu que j'adorais ta chaise pliante pourrie. Je l'ai décrite dans tous ses détails à mes amis, jusqu'à la moindre écharde. J'étais incapable de leur sortir directement que je t'aimais, toi.

Le samedi matin, mon activité, c'était toi. Mes pieds décidaient pour moi. Je te jure qu'il m'est arrivé de me dire consciemment que j'allais faire une course ou que j'allais me promener, et de me retrouver un quart d'heure après devant toi. Toi et ton débardeur bleu cru, qui jurait affreusement sur ta peau mate, toi et tes cheveux lâchés, un peu fous, pas du tout de ton âge. Comme tes yeux.

Ton ami policier vient juste de rigoler silencieusement en hochant la tête pour la centième fois avec un air entendu. Depuis le début de la cérémonie, on dirait un de ces chiens en plastique, qui dodelinent perpétuellement de la truffe à l'arrière d'une voiture.
Je sais ce qu'il veut me dire, Yessica. Que tu as tissé une sorte de réseau d'esprits et de coeurs, avec ton jardin riquiqui, avec tes semailles en pleine Babylone. Je suis bien d'accord et je hoche la tête à l'unisson. Deux petits chiens perdus, la truffe contre une vitre, à regarder un monde trop grand pour eux se déplacer trop vite.

Tu n'étais pas une SDF, comme certains l'ont cru au début. Tu vivais dans un petit F2, qui ressemblait à une jungle. Des plantes aux feuilles immenses partout, des fleurs rouge vif et jaune d'or. Si tu avais planté un crayon, il aurait été capable de pousser. J'y suis venu une fois, une seule, je ne sais pas pourquoi je ne suis pas revenu. Peut-être que j'avais peur de pousser, moi aussi.

Ton peuple était très divers. Il y avait moi, l'égaré, le mec qui ne savait jamais pourquoi ni comment il se retrouvait toujours en face de toi. Il y avait le flic, qui faisait semblant de sortir des papiers officiels terribles, des Léviathan administratifs, des Moby Dick de règlements, avec un air solennel, des fois que ses supérieurs le fassent surveiller. Il y avait Magdalena, la très jeune, trop jeune équatorienne, qui t'apportait des bouteilles d'eau avant de retourner à son travail maudit. Avant de repartir, elle plongeait sa main dans ton sac de terreau, très profondément, comme pour se laver avec la terre.
Il y avait aussi un journaliste qui revenait de plus en plus souvent sur la fin, qui commençait à vouloir faire un article sur toi ou même un livre, mais il n'en a pas eu le temps. Tu es morte quatre jours avant qu'il commence son premier enregistrement.

Une fois, un prêtre est venu, un vrai prêtre à l'ancienne, en soutane. Il t'a bénie solennellement, sans rien ajouter, je crois qu'il ne parlait pas français ni espagnol, je ne sais pas d'où il était. Il avait cette tête paradoxale des blancs qui viennent d'encore plus loin que la majorité des colorés. J'allais dire qu'il était sorti comme un diable de sa boîte pour te bénir, mais je sais que tu n'aimerais pas du tout ce genre de blague. Toi, Yessica, tu ne plaisantes pas avec ces choses là, alors je m'abstiens.
Tu vois, je fais même le signe de croix devant ton cercueil. Tu nous a convertis à toi, tu nous as semés dans la ville et il se pourrait bien, Yessica, que ton grain de folie te survive.

Oui, il se pourrait bien qu'on trouve bientôt plusieurs chaises pliantes et plusieurs jardinets, plantés illégalement au centre des carrefours les plus bruyants de la ville. Qui sait, ça pourrait peut-être faire tache et s'étendre peu à peu au monde entier.


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AILLEURS

par Lise
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Pourquoi jardin va si bien avec vieille dame ? Pourquoi jardin va si bien avec petits-enfants ? Pourquoi jardin ne va pas du tout avec trentaine et calembredaines ?

Pourquoi je n’ai plus le temps de m’asseoir dans l’herbe en traversant ce truc, square, parc, jardin, oui, bon, jardin ? Pense-t-elle en allant de son long pas élastique. Qu’elle exagère pour le plaisir, elle porte jupe courte flottante et c’est doux contre les cuisses ce tissus qui voltige au rythme. Des ses pas, tra la la. Pense-t-elle sans y penser, comme on fredonne.

Fredonnant les pensées qui se déroulent dans le sens de la marche une-deux, une-deux, sur la pointe des pieds, et les allées vont de l’une dans l’autre et s’enchainent pour l’amener quelque part sans qu’elle s’en doute seulement, et la voici arrivant devant le bassin.

Le bassin. Le Bassin. Il n’y en a pas qu’un seul dans tout ce truc, square, parc, jardin. Mais c’est celui qu’elle préfère et il le sait bien. Elle lui sourit.

Se laisse tomber sur une chaise placée là bien à propos pour la recevoir, elle, sa jupe courte, ses ballerines, le top échancré, les cheveux libres, les seins de même et si ça se voit, tant pis, tant mieux, elle a bien autre chose en tête que ses seins, d’ailleurs. Il y a un temps pour tout et la, maintenant, sur cette chaise, devant le bassin, la pensée importante, obsédante, c’est jardin.

Pourquoi n’en a-t-elle pas un, elle aussi ? Pourquoi a-t-elle accepté tout ça, l’appart sans balcon, la rue grise, la ville, le job infâme - non, pas exactement infâme, mais si elle était ailleurs il lui semblerait idéal, son job. Tandis que là ; soupir.

Ailleurs, elle aurait une maison avec des fenêtres qui ouvriraient à l’est des matins, sur la lumière blonde. Elle prendrait sa tasse de café et irait la boire sur la terrasse, oh, pas un truc à colonne et balustres de milliardaires, non, non : une terrasse toute simple, qu’elle aurait construite elle-même, ou avec l’aide de son frère peut-être, pour soulever les dalles.

Une terrasse en pierres grises carrées, et elle planterait deux lilas sur le coté, puis des rosiers grimpants ou non, sur la façade.
Et des marguerites. Des reines marguerites comme celles qu’il y avait dans le jardin de …

Elle se lève, sourit au bassin qui clapote de plaisir, reprends sa marche, traverse le parc, court un peu sur le trottoir.

Ce n’est que plus tard, bien des années plus tard qu’elle comprendra enfin que tout s’est décidé ce jour là, sur cette chaise de fer, ronde, rouillée, devant le bassin ébahi.

Et elle rit doucement quand elle y repense, assise sur les marches qui descendent vers la terrasse de pierres grises ; et son frère lui en parle encore, et comment ils y ont laissé la peau des mains et les ongles et même le gros orteil quand il a laissé tomber la grosse dalle d’angle. En riant de plaisir tous les deux.

“ Pourquoi jardin va si bien avec vieille dame, je le sais maintenant “, dit-elle au bassin miniature qui l’écoute respectueusement. “… c’est parce qu’ils vieillissent ensemble, ils finissent par se ressembler”


Dernière modification le 24-04-2010 à 15:21:02
Lise
Mahatma Bandit

Dans les quelques textes que je connais de toi, je remarque, dans le flux nostalgique, des courants de choix et des notions de cycle qui font qu'on sent fort les couches de temps mais on n'a pas cette sensation d'échec et de passivité qu'entra^ne souvent ce genre, on en conçoit une sorte de nostalgie parralèlle de l'avenir, qui est en fait une stimulation, un élan et le cycle est cyclé.

(ok, si vous avez compris ce que je viens de dire, expliquez-le moi parce que moi-même je n'y pige rien )
ps : je n'ai bu que de l'eau et deux cafés
Mahatma Bandit

J'avais oublié de m'identifier, que va dire Pierre-Auguste ?

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J'ai oublié de m'identifier pour dire que j'avais oublié de m'identifier !

*ok je sors ===> *
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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Ben alors, mon Pierre-Auguste ? ou si tu préfères mon auguste pierre, maybe ??

Alors, si( comme on disait dans les milieux intel-ligents et -lectuels de jadis) tu voulais bien nous expliciter un peu ?? Le truc sur la nostalgie ?? ( je ne me sens pas du tout nostalgique en ce lundi ; mais excentrique, oh oui ! )

Dernière modification le 26-04-2010 à 19:45:07
Lise


Oui, c'est compréhensible, Stef, en relisant, n'empêche, je me demande si le café et l'eau sont pour toi une potion magique...
Lise, je voudrais être dans ce jardin, près de ce bassin. Tous les jardins sont une invitation à la rêverie, au calme, mais surtout ceux qui ne sont pas préfabriqués. Moi j'aime qu'on laisse une part à la "sauvagerie" .

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C'est déjà le mois de mai, j'espère qu'il n'est pas trop tard... De toutes façons, le printemps arrive plus tard ici au Québec.

il y avait un jardin dans mes rêves

il y avait un jardin dans mes rêves
suspendu à l'envers
pieds nus sur les nuages

il y avait une fleur
comme seule une fleur peut être unique
qui fleurissait le jardin

un tout petit jardin
juste assez grand
pour abriter l'amour

il y avait ce jardinier
et cette fleur
et leur amour

au-dessus de l'océan
flottait sur une vague d'espoir
le jardin secret

mais ce jardin de vapeur
bascula s'écrasa
quand se concrétisèrent les vents

il y avait un jardin dans mes rêves
suspendu à jamais
derrière les nuages noirs


Patrick Packwood
- 2 mai 2010 -


Dernière modification le 02-05-2010 à 22:37:02

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douce fable à nouveau Patrick, non sache que pour les jeux d'écriture ici, il n'est jamais trop tard!

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