Jeu d\'écriture à partir d\'une affiche publicitaire
Les Aubergistes

Ce jeu part d'une affiche publicitaire que vous inventerez. Vous êtes en ville, à la campagne, en banlieue, dans les transports, où vous voulez. Vous voyez cette affiche et elle vous arrête. Elle a un impact, direct ou indirect, sur votre vie, qu'il dure cinq minutes ou longtemps.
À vous de décrire la scène. Mahtama Bandit prend le premier tour pour lancer le jeu et vous laisse la main pour la suite.
Mahatma Bandit



Le monstre marin qui attendait le bus


Texte de l'affiche : "Plongez au plus profond de vos désirs avec Croisitours".


J'étais tout seul et c'était en hiver. J'attendais le bus sous l'abri. Une jeune fille était assise sur le banc, accrochée des deux mains à son portable. On aurait dit qu'elle avait quand même encore peur de tomber, de glisser, de se perdre. Un homme dans la cinquantaine s'est approché de l'arrêt, a regardé attentivement le plan de la ligne. Il a dit "merde, c'est le mauvais sens", il a resserré le col de son imper, comme si être dans le mauvais sens de la ligne lui donnait plus froid, puis il a traversé la rue, à la recherche du bon arrêt.

L' affiche représentait une scène inspirée de "Vingt mille lieues sous les mers", avec le calamar géant. Elle me fascinait tellement qu'au début, je n'ai même pas vu la marque qu'elle était censée vanter. J'étais pris. Je trouvais très osé de mettre un monstre marin dans une publicité faite pour éveiller le désir de voyage. Je n'étais pas sûr que c'était une bonne idée de la part de Croisitours, mais à moi, ça me plaisait.
Être et vivre sous tout, comme le calamar géant nageant sous les bateaux, c'était peut-être détenir le pouvoir absolu. Je me suis surpris à prier le Tout-Profond. L'expression me parlait beaucoup plus que "Tout-Puissant". Qu'Il nage éternellement sous mes pieds et les enracine dans l'eau noire. Ô, Tout-Profond, les continents couleront et ressurgiront, mais qui pourra jamais noyer ton océan ?

La jeune fille m'a fixé quelques instants d'un air vaguement inquiet, je devais être tourné trop intensément vers l'affiche, avec cette sorte d'adoration qui fait un peu peur. Instinctivement, elle a porté son portable près de sa poitrine, puis l'a recouvert de son autre main, comme si elle voulait l'allaiter et le protéger.
Le monsieur dans la cinquantaine est revenu. Il est d'abord allé vers la jeune fille mais elle était si concentrée sur son portable qu'il a changé d'avis. Il s'est dirigé vers moi et m'a demandé où était l'arrêt qui allait dans l'autre sens. Je le lui ai dit.

Le calamar géant sur l'affiche était très long, bleu avec des reflets argentés, venus d'on ne sait quelle lune immergée ou d'on ne sait quel logiciel de retouche photo. On avait envie de le suivre, il n'avait même pas besoin de nous crocheter avec ses ventouses, j'aurais volontiers plongé tout seul, de moi-même, je me serais collé avec joie à son corps, le suivant jusque dans les failles que même les légendes ne connaissent pas.

Tu ne me manquais pas encore parce que je ne te connaissais pas. Mais en contemplant ce monstre et ces profondeurs empilées, j'ai senti qu'il me manquait quelque chose, quelqu'un. Peut-être que c'est lui qui m'a conduit jusqu'à toi. Moins d'une heure après, je te rencontrais.


texte du slogan :
« Voyagez sans bagage dans nos écrans haute définition ».



« J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »

Cette fois Gus arrêta sa course. De l’avant de sa botte une onde se propagea dans la flaque anthracite. Le chuintement de ses pieds avait recouvert la faible perception qu’on pouvait avoir de cette voix, fifrelin de plainte, comme passé dessous tant de bris, d’éclats, de maux, de feux qu’on n’en percevait plus que le squelette. Squelette sans moelle.

Le sol brillait des pluies et des huiles répandues sur le lieu du sacrifice. Blanc, rouge, bleue, lambeaux flashy de drapeau français y clignotaient chaotiquement sous les spasmes des sirènes et des gyrophares.

Gus releva les yeux. À un cheveu, un inspecteur stagiaire lui tendait un gobelet fumant de café, l’air absent. il ne le saisit pas. Muet, les pupilles fixes, son corps intima l’ordre de rester absolument silencieux.

« J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »

Le stagiaire eut un soubresaut. Derrière lui des hommes couraient en tout sens, éloignant les rares curieux nyctalopes, les victimes en bonnes santés, évacuant la station essence éventrée par la dérive folle du camion. Sa carcasse couchée sur le flan, agonisait de tous ses fluides, sous l’air saturé de benzine, râlait son dernier souffle.

« Voyagez sans bagage dans nos écrans haute définition ». Sur les battants de la porte arrière, encore close, Le slogan surmontait le dessin d’un enfant aux vêtements bariolés étreignant un cerf-volant rouge carmin. Innocence cabossée. Et derrière, enfin perceptible, la plainte absurde, la plainte d’une femme, sans doute, cachée dans ce camion, comme d’autres clandestins.

Derrière, le chant millénaire sourdait comme l’huile, l’eau et le sang : « J’ai tant pleuré, j’ai tant pleuré »….

Le voyage


Lillian passait deux fois par jour devant le mur encombré d'affiches, les unes recouvrant les autres. Elle y jetait un coup d'oeil rapide,sans plus.

En revenant ce soir là elle vit le mur tout à fait lisse, plus de traces. Ni de papier ni de colle...

Le lendemain, tout était recouvert d'une multitude d'affiches qui n'en faisaient qu'une: une locomotive et plusieurs wagons aux vitres desquelles des gens regardaient, agitaient la main, souriaient.

Un train bleu, comme un rêve. Elle s'arrêta, s'assit sur le banc en face, trottoir côté parc.

Le texte inscrit sur la locomotive disait « La vie commence avec ce voyage!» .

Son bus arrivait. Elle n'eut pas le temps de noter les informations.

Toute la journée, cette image la poursuivit. Partir? Seule? Vers quelle destination? Décidément, elle devait se renseigner. Tout à coup elle avait envie de tout lâcher, les horaires fixes, le toast grillé des petits matins, les collègues pas très sympas, ronchons, le patron à l'humeur versatile, les heures supplémentaires, les coups de fil d'inconnus qui lui proposaient incessamment un cadeau, lié à l'ouverture de leur nouveau magasin, ou des réductions sur les tarifs de téléphone ou d'électricité...Ou du vin, des surgelés...
Le chien du voisin, qui aboyait sans arrêt, la commerçante du coin qui qui lui demandait toujours, du même ton goguenard : « et pour aujourd'hui, ce sera? »

En repassant le soir devant le mur, elle détailla les visages des voyageurs.

Il y avait assis côte à côte, ses parents, qui lui souriaient, sa mère lui tendait un bouquet de jonquilles. Dans l'autre compartiment se trouvait son frère, plus jeune, parti de la maison sur un coup de tête, adolescent. Jamais revenu.
Puis ses amis , des voisins, d'anciens professeurs. Plus elle avançait, plus les wagons s'ajoutaient les uns aux autres!
Elle se dit qu'elle rêvait mais elle toucha les affiches, bien réelles...

Elle en prit une photo, mais ne vérifia pas.

Elle rentra chez elle et dormit peu.

Le lendemain, elle passa au même endroit. Plus rien ne subsistait des affiches. D'autres étalaient complaisamment le nom d'un parfum, un mannequin portant une robe haute-couture, des voitures de luxe. Ou l'annonce de films nouveaux à voir absolument!

Elle entra dans la première agence de voyage ouverte et réserva un billet pour une destination au soleil. Mais avant cela, elle décida de retourner deux jours dans son village natal.

La maison familiale était toujours occupée par des locataires qu'elle n'avait jamais vus. Une agence s'était chargée des visites et contrats. Elle entra dans le jardin, et s'assit sur la margelle d'un puits, comme lorsqu'enfant elle partageait ses jeux avec Aurélien, le fils du forgeron. Elle ferma les yeux.
La douceur de l'air, le parfum des roses et des spirées, tout lui rappelait des moments uniques.

Elle se décida à sonner à la porte de la maison. Lorsqu'il se trouva devant elle, elle le reconnut de suite...
« Mais, dit-elle, tu vis ici? » Puis elle se retint de dire « Je ne t'ai pas vu dans le train », car elle savait avoir imaginé tout cela.

Lorsqu'il la fit entrer, elle sut qu'elle allait annuler sa réservation pour le voyage au soleil.

Le soir elle ouvrit son appareil numérique, les affiches du train y étaient bien!
Et en faisant un gros plan, elle le vit, lui, qui montrait une photo de la maison, avec cette inscription : « elle est trop grande pour moi! »  

Mais c'est superbe, Christiane, j'en ai les larmes aux yeux -- ça irait tellement bien avec ce que je suis en train d'écrire, ce pourrait être le dernier chapitre.

Mystere des textes a plusieurs, il arrive que nous communiquions sans le savoir.

Lise, tu sais quoi, tu es trop trop gentille!

Merci en tout cas pour les encouragements!Et l'appréciation!




Dis, Lise, si cela te pose un problème pour la fin de ton histoire en quatre temps, je l'efface et je fais autre chose!

aucontraire, aucontraire, !! c'est dans la même tonalité, sans être la même chanson, tu vois ? Surtout, n'enlève rien, ou je pleure !
isa

lu Flo : plusieurs fois, parce qu'il est tellement plein de choses qui arrivent qu'il faut le relire plusieurs fois et s'en imprégner. C'est vraiment un concentré absolu, une vraie nouvelle ultra-courte, presque un genre en soi. C'est vraiment impressionnant, Flo. Et brrrrr... les découvertes de fin, et ce qu'on suppose encore plus.

Oui, il faut le lire et le relire jusqu'au moment ou on le sait presque par coeur. Alors, l'image monte et se fixe. On voit,on entend. La femme dans le camion, et elle n'est pas seule, les autres sont muets, mais ils sont là et nous lesavons. Carbonisés, exangues, morts, mourants ? l'enfant au cerf-volant et le gobelet de café font-ils partie du réel ou sont-ils seulement des images ? Jusqu'ou va la vie, lorsqu'on travere l'écran ?


0 appréciations
Hors-ligne
Cricri, ton texte du train est doux et fort, j'aime ce fantastique tendre et cette fin positive....

***

Merci Isa de tes lectures de ce texte. c'est vrai qu'il est court et dense, plus que je ne l'imaginais en l'écrivant...

très belle idée de jeu, Steph, je pense même que je vais l'utiliser dans mes ateliers d'écriture ( deux fois deux heures trente données aujourd'hui...)

Merci presque nocturne, Flo, cela me fait plaisir de te lire. J'espère que les ateliers du soir se sont bien passée aussi! J'ai bien pensé à toi! T'embrasse!

0 appréciations
Hors-ligne
Flo, maintenant que je te connais un peu plus, ton texte me fait frissoner.

je remonte relirele texte afficheur de Mahtma

Lise

0 appréciations
Hors-ligne
Elle me fait rêver de voyages, cette affichede Bandit, avec la pieuvre géante que tu appelles un calamar géant - j'ai failli lire un carambar géant, je ne comprenais pas tres bien, au debut ; je me fais dislexique par precipitation.
Donc, elle est belle, cette affiche, avec les couleurs nacrées, rutilantes, ruisselantes ; je la vois humide,la pieuvre. Et la gamine accrochée à son portable comme à une bouée de sauvetage, on n'en sors pas, dites, de la mer ?? il etait où, cet arret de bus ? comme toujrous mais je vais finir par vous lasser : les textes sont beaux, bien écrits, prenants : comment exprimer le bonheur de ces jeux , Florence ?? cela me manquait, vraiment.

Si on restait dans les voyages, avec nos affiches ? Allez, hop, a moi demain matin - il est 21 : 30 ici, donc 3 heures du mat chez vous et je vous souhaite un bon sommeil sans pieuvres et sans camions...



Lise

0 appréciations
Hors-ligne
Ah ! fichtre !
______________

Texte du slogan : www.bonheur.com
...........

Quand je suis passée à ce carrefour, hier soir, il n’y avait toujours que le support. Ca fait bien un mois qu’ils travaillent à le monter, avec forces poteaux de fer et panneaux de bois, le tout arrimé de câbles d’acier. Ils l’ont planté dans la plus haute partie du talus de droite. Et depuis, il me nargue, surface lisse, neutre, vide, beige, tout ce que je déteste

Ils auront enfin collé quelque chose dessus ? Mais que je suis donc stupide de me poser des questions pareilles, et qu’est-ce que ça peut bien me faire ? Je ferais mieux de porter toute mon attention à la circulation qui depuis quelques minutes, devient moins fluide. Une longue rangée de feux arrières rougissants. Merde, on n‘avance plus ! C‘est quoi ce cirque ? J‘ai autre chose à faire que rester plantée là par les caprices de, de quoi, j’aimerais pourtant le savoir ? Un jeune homme passe en courant à coté de ma voiture. Un autre ; une jeune fille. Devant moi, les gens sortent des voitures et courent dans la même direction. Ca se passe là-bas, au carrefour. J‘y vais aussi.

C’est une énorme adresse web placardée en blanc sur toute la largeur du support, sur fond noir. Une adresse, c’est tout, sans autre explication et les gens autour de moi pianotent déjà sur leurs cells comme des dingues.

Comme s’ils ne savaient pas que c’est de la frime, tout ça ? Comme si on ne leur avait pas dit et redit et répété sur tous les tons que rien jamais de bon n’arrive d’une pub pour si belle et chatoyante soit-elle et on ne peut pas dire que ce soit le cas ici, le chatoiement, mais qu’importe, pauvres malades où croyez vous atterrir, que croyez vous apprendre, insensés toujours accrochés à vos petits nuages, et qu’est-ce que je suis en train de faire moi, qu’est-ce que je cherche dans mes poches ? Merde, j’ai oublié mon portable dans la voiture. Retour en arrière au galop, toutes réflexions faites, ce sera mieux sur mon notebook, au moins je verrai de quoi il retourne. Ce serait encore plus stupide de ne pas savoir. Si par hasard pour une fois ce n’était pas que du vent ?
____________

Dernière modification le 23-04-2010 à 13:47:11

Dernière modification le 23-04-2010 à 21:12:12
Lise

Lise merci de m'avoir dirigée vers ces affiches!
J'ai beaucoup aimé vos textes à toutes.
C'est une fichue de belle idée que celle-ci, elle permet d'imaginer
ce que l'on veut.....ah! je vous vois venir.....viens écrire avec nous!... non, je n'ai pas ce talent, mais j'ai le très grand plaisir de vous lire Bravo!
Mahtama Bandit

Flo : très belle idée de jeu, Steph, je pense même que je vais l'utiliser dans mes ateliers d'écriture ( deux fois deux heures trente données aujourd'hui...)

Merci pour ta réaction, car en fait, justement, je le testais :)

Tu nous as fait une bombe thermonucléaire, dis-moi, ton texte, wow...

(passage rapide, pas tout lu, suis sur mes corrections du château d'Ilse, pendant que les deux ateliers font une pause-vacances).

Yoli : chiche. Ça ne coûte rien d'essayer.


J'aime bien le retournement de la situation! C'est bien observé, bien décrit! Je rêve, ou les gens sont vraiment attirés à ce point par les annonces publicitaires? Bon, admettons, quand c'est Martini ou Nescafé avec Georges Clooney...
C'est pour rigoler!

Je n'ai encore écrit qu'un des quatre chapitres pour l'autre jeu...On y arrivera, doucement!


Mon mot précédent est pour Lise, je ne vois plus comment introduire une modification.

0 appréciations
Hors-ligne
Coucou Yoli-de-passage ! merci pour le petit mot - et comme dit Le Mahtama, ça coute rien d'essayer

Pour les modif, Christiane,j'ai eu le meme probleme que j'ai resolu en me re-inscrivant
Lise

0 appréciations
Hors-ligne
Lise, je t'ai enfin lue!!
Superbe cette girouette au volon! j'aimerais savoir ce qu'il y a aussi derrière une telle adresse

*

Yoli, on attend ta contribution! ici, on est en pleine fraternité, l'auberge est ouverte à tous!

0 appréciations
Hors-ligne
volon ? est ce violon ou volant ? là, je crois que je sêche. Quoiqu'il en soit, merci pour ta lecture toujours si amicale ( tu vas bientôt devoir devenir plus sévère, femme éditrice !! )
Et pour l'adresse, hi hi .. hein ???
Lise

0 appréciations
Hors-ligne
je suis sévère si je veux.
Puis tant que je ferai des mots valise comme volon ( qui est un volant avec archet) je pourrai me permettre d'être amicale :do!


Florence a plus d'une corde à son arc!

0 appréciations
Hors-ligne


ah le volant avec un archer ...... ou bien un violon sur un arbre a cames ?

heu .. ça existe encore, les arbres à cames ? ?
Lise

0 appréciations
Hors-ligne

chez Florence, il y a un verger, les cerisiers sont en fleurs, c'est très joli. Mais l'arbre à cames est sûrement très petit...Je ne l'ai pas vu. Enfin, on ne sait jamais, ma vue diminue très fort!

Répondre
Pseudo :
Adresse e-mail:


Se souvenir de mes infos ( pseudo et e-mail ) :
Cochez la case ci-contre :

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 77 autres membres