La vache de sagesse

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Suite et fin de la Trilogie de la Vache
Cette fois un texte d'album jeunesse, découpé en 24 tableaux en prévision de 24 doubles pages d'album (du moins si ça sort un jour)


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La vache de sagesse


Je m’appelle Héloïse, j’ai huit ans et demi et je suis une fille toute simple. Je suis sûre que vous avez des tas de choses que je n’ai pas : de plus beaux vêtements qui vous donnent l’air de princes et de princesses, des jeux tellement passionnants que même quand vous perdez, vous êtes quand même heureux d’avoir joué.

Parfois, ça me fait un peu envie, parce que chez moi, tout est très simple. Mais moi, j’ai quelque chose que vous n’avez pas, une chose que n’a personne d’autre au monde. J’ai une vache de sagesse.

Elle vit dans une étable faite exprès pour elle toute seule, parce qu’elle est spéciale. Très spéciale. Les autres vaches ne peuvent pas dormir avec elle, à cause de la lumière. Vous comprendrez tout à l’heure.

J’adore la campagne, beaucoup de mes copines de classe s’y ennuient, parce qu’on ne peut pas aller au cinéma ou faire les magasins. Mais moi, respirer l’odeur de l’herbe après la pluie et marcher dans la nature, ça me passionne autant qu’un bon film.

C’est mon papi qui me l’a présenté la vache de sagesse, le jour de mes huit ans. Il m’a dit “je vais te faire un cadeau d’anniversaire dont tu te souviendras toute ta vie”. J’ai cherché partout du regard un gros paquet, avec des rubans qui font plein de boucles, mais il a secoué la tête et dit “ton cadeau est dehors. Viens, Héloïse !”.

Alors, on a marché ensemble, on a traversé toute sa ferme. C’était le soir, le soleil était presque couché et j’ai dit à mon papi qu’il allait bientôt faire nuit et qu’on pourrait peut-être attendre demain. Ce n’est pas que j’ai peur, ne vous y trompez pas, c’est juste que j’ai trop d’imagination. Mais papi à dit que je verrais bien mieux mon cadeau dans la nuit.

Je ne comprenait pas trop comment on pouvait mieux voir quelque chose dans la nuit, mais mon papi avait l’air sûr de lui. À un moment, on s’est arrêtés près d’une grande roche plate, où j’adore aller pique-niquer avec mes cousins et cousines quand on est tous réunis. Elle garde bien la chaleur du soleil et c’est très agréable de s’asseoir dessus.

Papi m’a dit “avant de te montrer ton cadeau, Héloise, je vais te raconter une histoire”. Comme il n’y avait plus beaucoup de lumière, il a pris une bougie, il l’a faite brûler en bas pour faire coller la cire à la roche, puis il l’a allumée en haut, pour nous donner de la lumière.

À la lumière de la bougie, papi avait l’air beaucoup plus jeune. Il m’a souri et m’a dit “Cette histoire, c’est mon propre grand-père qui me l’a racontée, le jour de mes huit ans, exactement comme je le fais pour toi aujourd’hui. Je me suis bien calée sur la roche et j’ai écouté l’histoire de papi.

“Bien sûr, toi, Héloïse, tu n’as pas connu mon grand-père, puisqu’il serait ton arrière-arrière grand père, mais moi, je l’ai connu, et figure-toi que, lui aussi a été un enfant comme toi, au début du vingtième siècle.. Le jour de ses huit ans à lui, il n’y avait pas grand chose à fêter. Une terrible guerre venait de commencer. Beaucoup de jeunes des Paillières, le village de mon grand-père, devaient partir faire la guerre. C’était obligé.

Toutes les familles des Paiilères étaient tristes. Bientôt, il ne resterait plus au village que les femmes, les vieilliards et les enfants, comme mon papi à moi, qui s’appelait Constant. Le jour de son anniversaire, personne ne s’occupait de lui, tout le monde avait bien autre chose à penser.

Comme tous les enfants de son époque, il aidait souvent à garder les troupeaux et il aimait compter les vaches pour passer le temps, il aimait les observer, leur donner des petits noms. Dans sa tête, il leur faisait avoir des conversations imaginaires, et même des guerres, comme celles qui déchiraient les hommes. Tu vois, Héloïse, il était un peu comme toi, il avait beaucoup d’imagination.

Un soir, au moment de les faire rentrer à l’étable, il en trouva une en trop. Il n’avait pas besoin de recompter le troupeau, elle était très différente des autres. C’était une vache toute blanche, une Charolaise. Mais comme il faisait déjà presque nuit, comme maintenant, il s’aperçut d’une chose extraordinaire...”

Papi a arrêté son histoire. La lumière de la bougie éclairait une moitié de son visage et laissait l’autre moitié dans l’ombre, exactement comme la lune. Moi, j’avais envie qu’il continue, je voulais savoir la suite, mais je crois qu’il voulait que je l’aide un peu. “Qu’est-ce qu’elle avait de si extraodinaire, cette vache, papi ?”. Papi a compris que je voulais vraiment savoir et que je ne dormirais pas de la nuit si il ne m’expliquait pas tout.

“Ce que la vache en trop avait d’extraordinaire, d’unique au monde, Héloïse, c’est qu’elle brillait. Elle brillait d’une douce lumière nacrée, on aurait dit une lune avec des pattes, un mufle et des cornes. Tu te doutes bien, Héloïse, que mon papi Constant resta bouche bée devant ce spectacle en écarquillant les yeux. En cet instant, il devait ressembler lui-même un peu à une vache...

Et surtout, il se sentait bien, merveilleusement bien. Il n’avait plus de pincement au cœur. C’était la guerre et les hommes partaient du village, c’était son anniversaire et tout le monde l’avait oublié. Mais, dès qu’il avait regardé la vache lumineuse, il s’était senti plus léger, sa tritesse avait disparu.

Il déboula dans le village en criant, mais il eut toutes les peines du monde à convaincre les gens qu’il ne leur jouait pas un tour. Mais un groupe de jeunes qui devaient partir bientôt pour la guerre accepta de l’accompagner au champ, sans doute pour penser à autre chose.

Lorsque les jeunes virent la vache lumineuse, certains sourirent, d’autres eurent peur. À tous, la vache montra le même visage doux et calme, à tous, elle offrit sa lumière nacrée et chacun, au bout de quelques secondes, se sentit mieux. Les jeunes décidèrent de l’appeler Soleil.

Le lendemain matin, on fit venir le curé et un photographe à l’aube. Après avoir examiné Soleil avec méfiance, le curé se retourna vers la foule et assura que la vache n’avait pas été envoyée par le Diable. Le photographe prit de nombreux clichés car tout le monde voulait sa photo de Soleil. On la surnomma “la vache de sagesse”, car elle semblait rendre tout le monde meilleur.

Une fois partis à la guerre, les jeunes eurent toutes les peines du monde a expliquer à leurs camarades pourquoi, en plus de la photo de leur fiancée, ils faisaient la guerre avec, dans leur portefeuille, tout contre leur cœur, la photo d’une vache. Mais le plus étonnant, c’est que tous ceux qui avaient emporté la photo de Soleil revinrent de la guerre sans même une légère blessure.”

Papi s’est tu et j’ai dit “c’est une histoire magnifique, papi”. Et il m’a répondu “l’histoire de Soleil ne s’arrête pas là. C’était vraiment une vache pas comme les autres. La vache de sagesse ne mourait pas. Au bout de quinze ans, de vingt ans, elle était toujours là. À tel point que, juste avant l’autre guerre, la deuxième, on dût la cacher et faire croire qu’elle était morte.

Papi m’a regardée malicieusement et s’est tourné vers moi. Cette fois, la bougie éclairait tout son visage. Il a continué “Il a fallu désigner quelqu’un pour garder Soleil et s’en occuper et ce fut tout naturellement mon grand-père, puisqu’il l’avait vue le premier. Puis ce fut au tour de mon père, puis ce fut... devine qui, tiens ! “

J’ai hoché la tête. Bien sûr, j’avais tout compris. “Toi, papi, évidemment”. Il m’a répondu “Oui, ma chérie. Et l’histoire de Soleil ne s’arrête pas là. En fait, elle ne s’arrête pas du tout”. Nous sommes descendus de la roche plate et papi m’a montré l’étable secrète de Soleil. Je l’ai vue ! Si vous saviez comme elle était belle, si vous saviez comme elle me rendait heureuse, rien qu’à la regarder briller !

Papi m’a demandé si j’accepterais, plus tard de m’occuper de Soleil, si je voudrais bien devenir la gardienne de la vache de sagesse. J’ai dit, crié, chanté, “ouiiii papi, merci, c’est le plus bel anniversaire de toute ma vie !”. C’était elle, mon cadeau d’anniversaire. Un cadeau qui ne s’use jamais, une vie à garder et à aimer, un cadeau vivant et qui rend heureux. Et maintenant, je parie que, même avec tout ce que vous avez, vous aimeriez être à ma place.

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Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


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Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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Ce texte est magique :) Une "vache de sagesse" à lui tout seul !

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Merci, mon rêve est qu'il devienne un jour un album.
Si jamais tu es éditrice jeunesse, d'un coup, spontanément, j'éprouve une grande amitié désintéressée pour toi

Dernière modification le 14-05-2010 à 16:52:42
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


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Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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Rhaaa... J'aurais bien aimé, mais non :/
Mais si par hasard il se trouve sur ce forum un/e éditeur/trice de jeunesse, je pense que nous serions deux à éprouver une grande et forte et belle et (et c'est déjà pas mal !) amitié to-ta-le-ment désintéressée ^^
isa

Ah la la c'est super, de trouver tes histoires au retour d'une balade au milieu du printemps (agité, froid, perturbé, dynamique, mouillé, mais printemps quand même). Merci merci pour le grand plaisir de lecture !!
isa

et à Julhya, au fait...

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Merci !! =)

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