Emily dis moi d'Ys

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[ Emily de Joanna Newsom]

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on nous a dit qu’en face
depuis que l’homme a dressé
puis abandonné sa proue
fourrageant le grand ventre gris
on dit qu’en ces lieux blanchis de salive cristallisée
on dit que les silhouettes des amants se parsèment en décalcomanie
sur la chaux éteinte du rivage
et résignés de terre
la grande cohorte des refoulés
et que mugissent les ancêtres transbahutés
à dos d’enfants depuis les hautes pierres
jusqu’au Grand Port

Là d’ellipses de météores rouillées
cette femme cette sirène
sa harpe et son piaillement fêlé
agrafé au corsage nous drague encore
« je suis nue rien qu’au-dessus »
et oui

car en face
c’est grand chamboulement de lèvres
dans la file des éclats des
sursauts
on dit que ce garçon touffe fluante de boucles
crie côte aux vent la mer arrive grand-père
la mer est presqu’à quai regarde
cette femme on se le jure
la suppôt de Triton exhale la dernière vague
Emily sourit à de très anciens morts

en face
des éboulements des grêles déglutissent
cahutes entrepôts palais dans un énorme rôt
et la foule équarris quelques rats pour la faim
éventre les paillasses pour le chiche qu’est l’argent
- dormir sur l’or est plus doux à l’échine
qu’au toucher -
et sinistre glas des clapotis – lasses -
flaques habituées aux lapements

combien cette femme hurle délicieusement
la très très tendre épine de
la folie
l’extrait avec des ongles opalins
d’une chair anthracite
sanguinolence de l’oubli
chaque matin Emily clos ainsi
son sexe dans un sillage de soie noire

je suis nue en dedans
si vêtue sur la chevelure
et mon attelage m’attend
laissez glisser mes bagages
l’enfançon le clora de ses boucles
laissez-moi m’unir derrière cette ombre
haute d’un ciel brisé
d’un mur pèlerin
frontière de sèves salines
déplaçant l’échiquier
de la réalité
aux abysse d’un mythe

en face c’est pour toujours
un grand chamboulement de rêves
de ferveurs tièdes cortèges
à la lisière d’une ville déficelée de sursis
débâcle de bras rendus
et de bouches cachetées de oui

Emily dis moi d’Ys
quelle est ta ressemblance
Orque, trident, singe, lion
girafe estropiée, délire de courses lasses
la mer s’invite Emily
pour te faire ce baiser sacrilège
pour clore la grande histoire
matricielle

de dos
la file s’amenuise
serpent soumis
reprend l’ondulation suppliante
des hommes de terre
des femmes de pain
aux têtes fourrées de misères
récitées

sous l’eau Emily psalmodie
la face du grand soleil liquide
quelle est ta descendance
Sirènes, éléphanteaux, gazelles, salamandres
phénix empierrés, braises de bulles fétides ?

Il est en marche encore
ce bestiaire tétant
tes seins salés,
leur rugissement étonne
ta voix inaudible Emily
quelle est ta résistance
fabulatrice ou créatrice
d’une île recrachée plus dangereuse
qu’hier.


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très intéressant à décrypter, extrait par extrait :

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au début, je me suis demandée si tu postais un autre texte, mais je comprends que c'est un texte de toi
très grand, et très inspiré
on dirait une prière pour la parole

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Oui, et comme je l'expliquais ailleurs, il m'a été inspiré surtout par la musique, le titre, la personnalité de la voix, du personnage joué par la chanteuse et quelques mots issus du texte que j'ai capté. Mais pas des paroles en entier ( le texte est assez complexe à traduire, sincèrement, car poétique et mélangeant deux niveaux d'histoire, celle d'Ys et des évocations de la soeur de la chanteuse, je crois), ni de l'intervieuw de la chanteuse que j'ai parcouru après que mon frère m'eut envoyé le lien. (il fait partie des gens qui ne supporte pas sa voix mais reconnaissent qu'elle a un véritable talent d'artiste).

ce texte est très long mais correspond à la longeur du morceau musical qui excède, je pense les 8 minutes...
s*

Waw, Flo-Atlantine. Y a des jours où on ne regrette pas d'être en vie... là, tu viens d'éclater toutes les frontières, de transcender quelque chose...enfin en tout cas, là, il s'est passé un truc.
À tel point que tu m'as mis en retard ^^ (je viens seulement de découvrir ton texte et je suis censé ne plus être là depuis un quart d'heure).
Ah, quand tu t'y met vraiment, tu repousses les murs
J'ai l'impression qu'il aurait pu durer encore longtemps, ton texte. Qu'il n'est que l'ébauche d'un texte encore plus grand.
La musique, on dirait une vieille druidesse aux yeux malins qui initie ses disciples par un chant, ou elle t'explique rien de moins que les secrets de la vie, mais avec un côté "ouais mais tout ce que je raconte, hein bon, ça vaut ce que ça vaut, faites vous plutôt votre propre expérience".
Mais ma voix préférée est celle de ton texte. Ah, celui là tu devrais le chanter !
Hé ben avec tout ça, y a Ys qui rigole et qui frissonne et qui a bien envie de ressortir de l'eau. C'est presqu'un appel de muezzin atlante que tu nous as fait.

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Hello cher S* des 7 mers...

Oui, un texte plus long... pourquoi pas, ça rejoint en tout cas mon envie exploratoire des géographies imaginaires. Donc ça pourras déboucher sur d'autres chants


Je suis heureuse en tout cas qu'il résonne, ce texte, car il a été très très difficile à venir. Il devait venir, il y avait des bouts de ci, de là, mais quelque chose n'allait pas, et finalement, c'est en le mettant dans la perceptive du conte "on dit que" que la tonalité s'est dégagée et qu'il s'est mis en place, mais il traîne dans mon ordi depuis plus de deux semaines....

a plus et bon rendez-vous !

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Dernière modification le 20-11-2013 à 11:26:25
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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