Esperanza et le chat gris du ciel

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Haz de tu puño algo cariñoso.
(fais de ton poing quelque chose de tendre)

- Lhasa de Sela

À Lhasa et à Minh.

Esperanza et le chat gris du ciel.


- Regarde ce caillou, Esperanza. Si ta roue passe dessus, le chariot se renverse. Si le chariot se renverse, le voyage s'arrête. Si le voyage s'arrête, tu ne verras pas l'océan. Si tu ne vois pas l'océan, les yeux qui sont à l'intérieur de tes yeux ne s'ouvriront pas. Et si les yeux qui sont à l'intérieur de tes yeux ne s'ouvrent pas, je ne pourrai pas recevoir ta pensée, quand je serai tout jeune, là-haut, dans le ciel.
Mon père aimait parler par enchaînements. Il ne quittait pas la piste
du regard, je ne le voyais que de profil. Et encore, quand j'étais assise devant,
quand il était assez faible d'avoir roulé pendant tant de kilomètres,
assez faible pour céder à mes caprices.

À chaque fois que papa parlait du ciel, et cela arrivait plusieurs fois par semaine, je repliais ma jupe sous moi pour éviter que le vent trop chaud du désert n'entre dans mes entrailles et me fasse un petit d'ange, et je lui assurais :
- Tu n'iras pas dans le ciel ! Jamais !
Et j'aurais juré que les sabots des chevaux tapaient en rythme la même chose que moi sur la piste aride, "cataclop-cataclop-papa-papa-tu-n'iras-pas-dans-le-ciel".
J'avais treize ans et demi, le Mexique était très vaste et je commençais à me demander si les Estados Unidos existaient en vrai, où si c'était simplement un monde inventé, pour calmer les fièvres des enfants, pour faire rêver les hommes et les femmes à des pelouses toutes vertes et à de très hauts frigidaires, à des draps très blancs où les traces de l'amour ressortaient comme l'image du Christ sur le Linceul.
Si on écoutait papa, au Texas, se promenaient des femmes immenses à permanentes mauves, qui marchaient à grands pas masculins, promenant des caniches habillés du drapeau yanqui. Si on écoutait Fernandino Cruz Grijalva, en vingt ans, on pouvait posséder son propre gratte-ciel à El Paso et faire venir tout son village, bêtes comprises, pour l'habiter.

Je commençais à me demander si papa n'avait pas tout simplement attelé les chevaux pour faire le tour de la ville, m'emmenant exprès dans des endroits que je ne connaissais pas. Facile après, pour lui, de claironner "Ici, c'est le Texas !".

De toute la caravane, il ne reste plus que moi, et vingt ans et un mois après, je ne sais toujours pas reconnaître un caillou américain d'un caillou mexicain. Quand ils sont pointus, ils font mal pareil, quand ils sont ronds, ils font chaud et doux pareil.
Je suis institutrice à Corpus Christi. Mon fils Fernandino et ma fille Perla parlent encore l'espagnol pour me faire plaisir, mais pas très bien et avec un accent yanqui. Ils se moquent de moi quand je roule mes "r".

Papa ne se démontait pas, il ne se démontait jamais. Il plaisantait sur tout, sur les frontières et les gardes, qu'il disait aussi exilés que nous, sur les verbes irréguliers anglais qu'il me faisait apprendre sans en connaître un seul lui même.
Il me demandait calmement :
- Et pourquoi ça, Espéranza ? Pourquoi, moi, je n'irais pas au ciel ?
Je haussais les épaules. Comment pouvait-il ne pas comprendre ? Faisait-il semblant pour me faire parler ?
- Tu le sais bien, papa, j'ai dans ma poche un fil invisible et incassable, et le jour où la Santa Muerte voudra t'embrasser, je l'étranglerai avec le fil, puis je t'attacherai à un énorme piquet et tu ne pourras plus jamais jamais quitter la terre !
- Comme la vie est simple et belle avec toi, Esperanza...

Tout le monde, sauf papa, disait que j'avais des yeux si sombres et si fiévreux qu'ils creusaient des tombes
dans la piste. On m'évitait comme une sorcière, on prétendait que j'allais porter malheur à toute la caravane. Cabacho venait souvent me toiser le soir, quand j'allais alimenter le feu, il restait à bonne distance en se touchant ostensiblement. Personne ne faisait trop attention à lui, il avait mon âge mais était légèrement retardé. Pour lui laisser sa fierté, je me retenais de secouer la tête avec pitié. Je savais que, tant qu'on aurait pas passé la frontière, personne ne me ferait le moindre mal. Papa était de loin celui qui connaissait le mieux les pistes, il les tenait tous dans sa main.

Pour faire plaisir à Cabacho, qui était bien incapable de faire du mal à une mouche, je baissais les yeux, faisais semblant de trembler un peu, je croisais même mes bras sur mon corps comme pour me protéger d'une grande menace et Cabacho repartait, très content de lui.
Après cette petite cérémonie, tout le monde dormait tranquille.

Je ne lui en voulais pas, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps avec lui quand il a vécu ses derniers instants, troué comme une passoire par les balles des narcos, et je l'ai bercé comme l'enfant qu'il était. Je lui ai même offert mon sein, pour lui donner un premier et dernier bonheur.
De toute façon, il faisait si chaud, nos corps étaient si trempés, si couverts d'un tapis de gouttes qui roulaient en continu sur la peau, que ce pauvre Cabacho aurait glissé sur moi pendant des heures sans jamais parvenir à entrer.

Papa m'aimait tellement qu'il m'avait permis de garder Perla.
Elle avait surgi un jour de nulle part, chatte grise et blanche, au milieu du désert jaune. Nulle caravane, nul campement d'où elle aurait pu s'échapper. Pas de village à moins de cinquante kilomètres. Au début, j'ai cru qu'elle était un mirage, une nappe de chaleur se reflétant dans mon esprit, un vertige qui disparaîtrait à mon premier clignement d'yeux.
J'ai cligné des yeux et elle n'a pas disparu. Au contraire, elle s'est dirigée droit vers moi.
Nous étions à l'arrêt et elle est montée directement sur mes genoux.

Papa m'a fixée comme si j'y étais pour quelque chose. J'ai dû improviser en vitesse et quelle meilleure
source d'inspiration que Fernandino Cruz Grijalva, mon père pour l'éternité ?
- Regarde ce chat, papa. Si tu le quittes des yeux, il change de couleur. S'il change de couleur, ton destin se modifie. Si ton destin se modifie, je ne suis peut-être pas ta fille. Et si je ne suis peut-être pas ta fille, alors tu n'as plus de fil pour t'empêcher d'aller dans le ciel. Alors, papa, pour ta sécurité, tu vois bien que je dois garder Perla !
Papa a simplement répliqué :
- Et comment tu sais qu'elle s'appelle Perla ?
- Parce que... parce qu'elle ne peut pas s'appeler autrement. Regarde-la !
- Mmmh. Elle mangera vingt grammes de jambon séché par jour, pas plus.
- Pas un gramme de plus. Je pèserai le jambon dans mes mains !
Papa avait haussé les épaules en se retenant d'éclater de rire et le convoi était reparti, riche d'un
nouveau membre.

Le soir même, Cabacho est venu beaucoup plus près de moi. Il avait changé, comme s'il sentait quelque chose. Moi, je ne sentais rien, j'étais bien. L'Amérique était à notre portée, on franchirait la frontière demain, et avec un peu de chance, on ne serait pas arrêtés. Plusieurs membres de notre caravane juraient entendre des airs de country portés par le vent depuis une taverne de Laredo. Et ils avaient peut-être raison, le vent était plus frais ce soir-là, plus américain. Il sentait le cheeseburger et le cuir
des sièges de Chevrolet.

Son attitude était différente de celle des autres soirs. Il est venu s'accroupir près de moi.
Je lui ai demandé, doucement :
- Qu'est-ce que tu veux, mon Cabacho ?
Il m'a répondu d'une voix plus assurée que d'habitude, presque une voix d'homme.
- Je suis venu te dire adieu, Esperanza, parce que je t'aime bien et que je sens la mort qui approche de nous.
J'ai resserré ma chemise sur mon cou, j'ai plaqué ma jupe sur mes jambes. Je tremblais et je me sentais nue. J'ai tout de suite su au fond de moi que Cabacho avait raison. Tout le monde savait que les
narco-trafiquants pullulaient dans toute la zone qui touche la frontière, on connaissait les risques. On voulait passer quand même.

J'ai levé les yeux vers les étoiles et les étoiles ont tremblé. Alors, j'ai caressé les cheveux de Cabacho et je lui ai murmuré, sans en croire un seul mot.
- Pourquoi adieu ? Pourquoi, Cabachito ? On est presque aux États-Unis. Écoute, écoute, j'entends
Selena Gomez chanter d'ici. Elle donne un concert à Laredo. Tu sais que son père est de chez nous ? Tu l'entends ? Tu sais, elle est au courant qu'on arrive, Selena, mon papa l'a prévenue, elle nous attend...
J'ai eu très envie d'aller voir mon papa et de me lover dans ses bras, mais j'ai compris que je ne supporterais pas de le voir souffrir. Je préférais me souvenir de Fernandino haussant les épaules en me contemplant de profil et en se retenant de rire d'amour.
Je savais que mon fil à retenir mon papa sur la terre ne serait pas assez solide, qu'il allait rompre. Je me disais que j'aurais peut-être dû l'attacher à un rocher. Mais ce soir là, même les rochers ont saigné, même les montagnes ont été réduites en poudre.

Cabacho a serré ma main très fort. Perla a ronronné bruyamment et on a attendu la mort comme ça, tous les trois.

La mort avait des roues et des phares aveuglants. Leur éclat cru a éveillé le campement encore plus brusquement que le bruit des moteurs et les premiers coups de fusil.
Puis les cris des premiers blessés ont commencé à trouer la nuit. Un de nous mourait, une étoile s'éteignait. À la fin du massacre, le ciel deviendrait entièrement noir. Pour toujours.
Cabacho, Perla et moi, on est restés collés les uns aux autres, en attendant qu'arrive notre tour.
Les narcos avaient sans doute eu une rude journée et ils avaient besoin de se détendre un peu.

C'est Perla qui m'a sauvée. Juste avant l'attaque, elle a griffé le dos de ma main, sans raison, puis elle m'a léchée, comme pour s'excuser.
Alors, tout a été rapide et confus, Cabacho m'a poussée fort, je me suis levée et j'ai marché dans un état second jusqu'à la boîte à pharmacie et personne n'a fait attention à moi.
Perla m'ouvrait le chemin et je savais que je devais suivre exactement
son sillage. Un seul pas d'un côté ou de l'autre et c'était la fin.
Les narcos étaient partout et des cris d'horreur et de souffrance sortaient de toutes les tentes.
J'ai ouvert tranquillement la boîte et j'ai entouré ma main d'un bandage.
Puis je suis revenue auprès de Cabacho et je lui ai donné le sein en lui chantant une berceuse, pendant qu'il finissait de se vider de son sang.

- Regarde cette nuit, Perla.
Je parlais toute seule. Perla avait disparu et je savais déjà que je ne reverrais jamais la chatte grise et blanche à qui je devais d'être encore vivante.
Elle était sans doute partie vers un autre campement, sauver la vie d'une autre fille ou d'un autre garçon, élus selon ses critères mystérieux.
J'ai levé les yeux vers le ciel et il n'y avait plus aucune étoile. J'ai marché et j'ai quitté le campement pour toujours.

- Regarde cette nuit, Perla. Si je continue à marcher jusqu'au matin, le jour se lèvera. Si le jour se lève, cette nuit n'aura jamais existé. Si cette nuit n'a jamais existé, nous entrerons aux Etats-Unis tous ensemble. Si nous entrons aux États-Unis tous ensemble, nous achèterons un gratte-ciel. Si nous achetons un gratte-ciel, nous pourrons aller de la terre au ciel librement et dans les deux sens.

Pour me tenir éveillée, je me suis répété et répété ces phrases jusque bien après la frontière.









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Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


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Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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Quelle belle première page sur notre forum, je trouve ! et encore il manque le beau poème de retour de Karl, un peu plus bas...

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Écrit exactement à cheval pendant le processus de mort d'un de mes deux chats (20 ans, chatte de 91, beau chiffre rond, bel âge d'amour pour les humains, bel âge de bout du chemin pour les chats et mine de rien ça compte, 20 ans partagé à six pattes). Première moitié du texte, elle était vivante, deuxième moitié elle était morte. "Grâce" à son passage, j'ai réécrit, ça faisait des mois.

J'en profite pour t'approuver, Isa, quand Karl écrit, je me tais, je lis et j'écarquille les yeux J'aimerais savoir dire autant de choses en si peu de mots. À côte de lui, j'ai l'impression d'être un bavard puéril :ct:
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isa

Et le pire, c'est que Karl n'attache aucune importance à ses textes... il faut vraiment que je remette un recueil de lui quelque part, sur mon blog par exemple.
Désolée pour ton chat, et bon passage à elle, ça m'angoisse d'envisager aussi celui de la mienne qui a 14 ans, je ne sais pas comment je ferai sans son âme pure et pleine d'amour. Enfin si je lui survis.
Pour le reste, je ne sais pas. Certains langages passent par la longueur, d'autres par la brièveté, tu imagines Octavio Paz laconique, toi?

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Sans doute il les fait au naturel, comme ça, et il a raison. En fait, lui seul sait comment il les fait Et encore, même pas sûr...
Oh, ma Minh, c'était la Gandhi des chats, en 20 ans je ne l'ai jamais vue lever la patte sur un autre être vivant, que ce soit oiseau, humain, autre chat, elle protégeait même les plus jeunes :) Un phénomène.
Ben Paz, oui pas mal de mots mais pas grand chose en trop, ça part dans le flot, c'est autant une histoire qu'un poème alors ça ne fait pas "tu causes tu causes" (je trouve).
Remercie pour la lumière du jour
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isa

Moi je trouve justement que ta poésie, ton langage en général est un flot, une rivière. Mais ce qui est important, c'est ce que tu sens toi-même. Si tu as l'impression que tu es "bavard", c'est peut-être que tu as envie de plus resserrer, ou dire autre chose, ou être autrement, ou aller plus profond encore, une évolution, quoi. Peut-être le moment de partir en recherche.

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Chez moi, c'est surtout bêtement dû à mes relations avec les éditeurs. Si on met trop de longueurs dans une phrase ou un passage, on affaiblit et on dilue l'ensemble. Si je fais ce genre de choses, je me fais retoquer vite fait. Quand je regarde les premiers essais que j'ai envoyés jadis, on dirait des grosses tartines de Nutella, je lis des longues phrases floues, sans équilibre et sans contours, émoussées, répétitives voire "gâteuses" malgré ma jeunesse d'alors
Surtout en édition jeunesse, ils recherchent la clarté, une certaine pureté dans la forme qui aide à la compréhension et serre/sert l'émotion. Du coup, à force... moi aussi je me mets à rechercher la même chose :)

Dernière modification le 18-06-2011 à 11:33:06
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
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isa

Oui, tu veux dire que tu as de fortes exigences professionnelles dans la littérature jeunesse, et que celles-ci t'influencent pour les autres domaines? nouvelles, poésie...
Je me demande pour moi, modeste amateur, et je me rends compte que pour la prose, en effet, je vais me poser la question de la clarté et de la pureté en pensant aux gens qui vont lire.
Pour la poésie, par contre, pas du tout, c'est quelque chose qui ne me vient pas du tout à l'idée, la clarté et la pureté recherchée vont l'être uniquement pour essayer de dire directement, le plus directement possible, ce que j'ai à dire et à vivre. Mais si c'était plus vrai de le dire avec plein de mots, dans mon langage à moi, je crois que j'essaierais aussi de faire ça, dire plein de mots. Sauf que ça n'est pas, pour moi.
Donc je ne pense pas du tout aux gens qui vont lire (et pour cause, puisque je ne publie pas, donc que les gens ne liront presque pas, et c'est très bien comme ça, finalement, seuls ceux qui veulent liront).

Hum, bon, je sens qu'il est l'heure d'aller dormir (ouais, je suis encore de l'autre côté dans ma tête). Pour le coup c'est moi qui écris des tartines de Nutella aujourd'hui.
isa

et même de l'autre côté, c'est tard (c'est la faute aux Vorlons, d'abord)...

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les vorlons longs de l'aurtomne
bercent mon coeur d'une langueur mornotone


Heu... c'est quoi des vorlons ?

S'cusez, hein, je devrais pas intervenir.

Mais c'est beau de vous lire alors continuez, je vous en prie.

Patrick

p.s. Très beau texte Méli. J'adore les chats !

Dernière modification le 20-06-2011 à 16:49:55
isa

Comment ça, tu devrais pas, mais si !
Les vorlons, c'est une race extraterrestre vraiment particulière dans Babylone 5, une vieille série télévisée de SF. Entendu parler?
J'ai eu le malheur d'acheter les DVD pour les regarder pendant l'été, et maintenant j'ai un mal fou à travailler à cause de ça, zut alors


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Bien, je ne voulais pas interrompre le flot ni faire diversion, juste dire que j'apprécie votre dialogue. Et puis, comme je suis un sac à questions (et à blagues aussi, mais ça c'est une autre histoire...), je ne pouvais m'empêcher de poser la question sur les Vorlons.

Je me souviens de Babylone 5 mais je n'ai pas beaucoup suivi la série, seulement les quelques premiers épisodes. Ici à la télé, si les séries américaines n'attirent pas d'auditoires massifs, particuliièrement les séries de science-fiction, c'est pas long qu'elles se font éjecter de la grille horaire... Y'a une loi qui oblige les télédiffuseurs à tel pourcentage de contenu canadien aux heures de grande écoute. Ça fait qu'on est pris pour regarder Urgences (E.R.) à minuit 30 les jours de semaine. Blèh...

isa

Je n'ai pas de télé, donc difficile de dire (et je ne connais pas Urgences), mais c'est bien qu'il y ait une obligation de contenu canadien, je trouve !
Et oui, bien sûr, Babylon 5 est une série américaine, mais c'est très beau : une très belle histoire, conçue dès le départ entièrement contrairement aux séries habituelles, une vision SF avec une certaine grandeur. La fan de Star Trek que je suis ne peut s'empêcher d'aimer, c'est une sorte d'univers frère.
isa

Une des scènes entre Sheridan, qui dirige la station spatiale Babylon 5, prévue pour être un espace de paix, de rencontre et de négociations entre diverses races, et Delenn, l'ambassadrice des Minbari :

[lien]

Sheridan : Qu’est-ce qui vous fait penser que cet endroit est l’endroit juste, celui où je dois être ?

Delenn : L’univers nous place en des endroits précis pour que nous puissions apprendre. Ce ne sont jamais des endroits faciles, mais ils sont justes. Où que nous soyons, c’est la place juste, et l’époque juste. La souffrance qui est liée à ces endroits fait partie de notre aptitude à naître et renaître constamment.

Sheridan : Vous réfléchissez à ça depuis longtemps, n’est-ce pas.

Delenn : Je crois que oui. Nous sommes tous les deux dans des transitions, mais je suis sûre que l’univers sait ce qu’il veut.

Sheridan : J’aimerais avoir votre foi en l’univers. Il m’arrive de ne plus le voir du tout.

Delenn : Alors je vous confie un grand secret, peut-être le plus grand de tous : les molécules de votre corps sont exactement les mêmes qui forment la station, la nébuleuse au dehors, les mêmes qui se consument dans les étoiles. Nous sommes de la matière d’étoile. Nous sommes l’univers. Il se manifeste à travers nous, il cherche à travers nous à trouver un sens, et comme nous l’apprenons sans cesse, il a de temps à autre besoin d’un changement de perspective.

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Effectivement, il y a plus de profondeur que de coutume dans une une série SF. Est-ce que Gene Roddenberry (le concepteur de Star Trek) ne participait pas à ce projet aussi ?

Ça me fait penser un peu à Arthur C. Clarke ("2001, L'Odyssée de l'espace" entre autres) pour le thème et aussi l'écriture (quoique je n'ai jamais lu Clarke en anglais mais les traductions en français sont réputées excellentes).

Oui, en principe c'est bien le quota de contenu canadien, mais pour tous les navets que ça nous apporte et toutes les reprises de reprises, le principe est plus appliqué par les chaînes télé en fonction des économies que ça engendre. Sauf exception, c'est pas génial la télévision canadienne (ou Québécoise).
isa

Non, Rodenberry n'en faisait pas partie, en fait ce n'est pas du tout le même esprit. Star Trek est un univers résolument optimiste et, je dirais, militant, qui veut vraiment faire avancer les choses, matériellement. Par exemple en 1965, l'emploi d'un équipage multiculturel alors qu'à cette époque les noirs ne pouvaient même prendre les mêmes bus que les blancs. Le fameux baiser entre Kirk et Uhura a déclenché un abominable scandale dans l'Amérique bien-pensante de l'époque. Sans parler d'un russe, Chekov, comme bridge officer de l'Entreprise...!!

Alors que l'histoire de Babylon 5 est à la fois moins importante et plus importante, elle se situe à un niveau plus profond, et je dirais que c'est une première relecture-transcription du Seigneur des Anneaux, tout simplement. Un peu la même relation entre Babylon 5 et Lord of the Rings que celle qu'il y a entre West Side Story et Roméo et Juliette.
Peter Jackson a dû être nourri de Babylon 5, parce qu'en regardant cette dernière, je trouve de très fortes ressemblances (acteurs, dialogues, organisation des scénarios etc.) avec sa trilogie de films du seigneur des anneaux. Or Babylon 5 est très antérieure.


Majel Barrett, la femme de Rodenberry, a joué ensuite dans Babylon 5 pour apaiser les rivalités entre les fans des deux séries. Il y a plein d'autres acteurs communs, Brad Dourif par exemple.





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Ah, je crois que je confondais avec la participation de Roddenberry à "Andromeda", une autre série SF qui n'a pas fait long feu ici.

C'est vrai, Star Trek avait une vue progressiste et égalitaire de la société.

Pour les dialogues du Seigneur des Anneaux, Jackson n'a pas pu s'inspirer de Babylon 5 parce que c'est pratiquement du mot à mot par rapport aux livres qui eux ont été publiés pour la première fois au début des années cinquante. Même pour les versions en langue étrangère, dont le français, ils se sont efforcé de respecter les traductions. Pour les autres aspects, c'est bien possible que Jackson s'en soient inspirés. En tout cas, c'est une observation intéressante, moi qui aime beaucoup le Seigneur des Anneaux, ce qui me pousse encore plus à jeter un oeil sur cette série.
isa

Oui d'accord, tu as raison pour les dialogues. Il faut que je mette en ordre mes réflexions là-dessus, d'ailleurs, ce sont juste de multiples impressions que j'ai eues récemment, des réactions "ça alors, ils ont piqué ça au film de Jackson"... pour me rendre compte que le film de Jackson était plus récent.
Andromède, je crois que je l'ai, je regarderai cet été.

Pas de trouble. :) Héhé, c'est le genre de réflexions qu'on peut avoir, j'imagine, quand on regarde une série télé en coffret : on n'a pas nécessairement en tête l'année originale de diffusion.

Moi j'aime bien tes réflexions de toutes façons.

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