Flying Cassiopée
Mahatma Bandit

Pour fêter la rentrée, une autre nouvelle du même receuil, diversement accueilli, comme vous allez le constater dans un autre sujet

**********


C’est sur le quai de la Daurade que je n’ai pas rencontré Cassiopée. La seule chose que j’y ai aperçu d’elle, c’était une masse de cheveux blonds qui battait dans l’air et un dos qui se moquait de moi.
Flying Cassiopée filait sur son skate, mon Ipod bien visible dans sa main droite.
S’il y a bien un endroit dans lequel je n’ai pas envie de me méfier, c’est ici. J’aime m’y poser, rêver aux bateaux lavoirs, aux tailleurs de pavés et à tous les métiers qui se trouvaient là, bien avant moi. Souvent, je ferme les yeux et je passe doucement ma paume sur le haut des herbes. Puis je me mets de la musique, que j’écoute sans plus penser à rien, en regardant la Garonne et le Pont Neuf sur ma gauche.
C’est justement au moment où je tatonnais sur le sol parce que j’avais envie de prendre mon Ipod sans rouvrir les yeux que j’ai senti un déplacement de l’air et une odeur de cannelle qui arrivait sur moi.
Puis, j’ai rouvert les yeux et je l’ai vue s’éloigner.

Le type,là, je l’aimais bien. Je ne sais pas pourquoi, il avait l’air cool, de ne pas se prendre la tête, de profiter du temps. C’est pour ça que je lui ai volé son Ipod. Je ne vole que les gens que j’aime bien, avec qui j’ai un feeling. Personne ne me comprends quand je dis ça. Personne ne me comprend en général, de toute façon, mais là, encore moins.
C’est logique pourtant. Moi, je suis une primitive, c’est ce qu’ils m’ont dit, au lycée. Ils croyaient me rabaisser mais il m’ont fait un des plus beaux compliments de ma vie. Je suis une primitive et j’en suis fière. Après ça, je me suis acheté une petite sarbacane et je vais la tester. Pas pour lancer des flèches, je ne veux de mal à personne. Pour lancer des petits messages aux gens. Des messages qui vont bouleverser leur vie.
Donc, je vois ce type qui ferme les yeux comme un gros chat heureux et je me dis “il faut que je lui vole quelque chose”. Comme tous les primitifs, je considère que si on prend quelque chose à quelqu’un, on prend un peu de son âme. Voilà pourquoi je ne vole que les gens que je sens bien, que j’apprécie. J’ai envie de rester en bonne compagnie, sinon, ce serait comme si je devais coucher dans le même lit que quelqu’un que je déteste et j’ai déjà failli donner là-dedans, il y a quinze jours.
En plus, ma dernière victime n’a même pas réagi à mon parfum. C’est celui de “Comme des garçons” qui sent la cannelle. Il a une odeur merveilleuse, on se roulerait dedans. Mais ce n’est pas pour ça que je l’ai pris. C’est parce qu’on m’a dit qu’il déclenchait des allergies. Bon, c’est une copine qui m’a dit ça, mais c’est la même qui m’avait dit qu’on pouvait tomber enceinte si un avion de ligne vidait ses toilettes en l’air et qu’un mec s’était masturbé dedans, rien qu’en inhalant une petite particule, paf, on tombait enceinte. J’adorerais tomber enceinte comme ça, en respirant une goutte tombée d’un avion Paris-Tokyo, une goutte d’un grand créateur de manga japonais.
Le coup des allergies, ça m’intéressait. Je ne vole que les gens que j’aime, mais je ne veux pas qu’ils m’aiment, je veux leur ôter l’envie de s’approcher de moi.
Mais avec le type, ça n’a pas eu l’air de marcher.
En plus, il n’a même pas gueulé “salope”, “connasse” ou un autre des petits noms affectueux que me donnent mes victimes. Quand j’ai regardé par-dessus mon épaule, sur mon skate, il me regardait d’un air fâché mais pas méchant, fâché d’une juste colère. Et il avait bien raison; se faire faucher son Ipod par une petite conne sous son nez, il y a de quoi être en colère. Contre soi-même.
Je crois qu’il est différent des autres, celui-là, et que je ne vais pas le revendre, son Ipod, je vais me le garder.


Je me suis arrêté à mi-chemin du commissariat. C’est vrai, je l’aime bien, mon Ipod, j’aime en composer et recomposer le contenu, comme un bouquet à l’alchimie subtile, comme un bon plat aux ingrédients savamment dosés. Au début, je l’avais vraiment mauvaise. Puis je me suis dit que si cette fille était déjà connue de leurs services, elle allait se faire serrer et, vu le climat actuel, elle ferait peut-être de la prison ferme ou on la mettrait dans une maison spécialisée, bref, elle rencontrerait des gens bien pires qui l’entraîneraient vers le fond pour de bon, vers des coups foireux, vers des braquages, vers la drogue. Tout ça probablement pour un Ipod. un flacon d’eau de toilette et trois boucles d’oreilles.
Je ne savais pas son âge, peut-être seize ans. Suffisamment pour avoir des ennuis. Je ne supportais pas l’idée d’un parfum de cannelle dans une prison, pliant ses volutes, refermant ses ailes, nuage aux mille formes devant épouser de force le rectangle de la cellule, les lignes des barreaux.
Alors, j’ai ressorti un vieux walkman de mes affaires. Tellement vieux qu’on entendait son mécanisme tourner de l’autre côté de la pièce, on aurait dit une carriole tirée par un canasson à la retraite. Puis j’ai retrouvé des vieilles cassettes, aux bandes froissées qui mangeaient les paroles des chansons, qui transformaient les guitares sèches en sorte d’oreillers à cordes. C’était affreux. C’était merveilleux.
Comme tous les soirs de la fin du printemps, comme tous les soirs depuis que Laurène est partie, je suis allé sur le quai de la Daurade, avec ma musique brinquebalante et j’ai passé la paume de ma main sur le haut des herbes en contemplant la Garonne à travers mes yeux fermés.
Traversant le rideau de mes paupières, le soleil de juin donnait à l’univers entier la teinte exacte des pierres toulousaines.
Le bruit du walkman remontait la musique jusqu’à mes oreilles comme une vieille poulie remonte de l’eau d’un puits . J’ai souri et je me suis fait croire que c’étaient les vieux métiers de la Daurade qui revenaient autour de moi.
Puis, une odeur de cannelle s’est infiltrée à travers mon rêve, fleur exotique poussée en plein miliieu de la forêt de crânes de “Nothing else matters” de Metallica.

Il fallait absolument que j’aille revoir ce type. Pour lui dire quoi, je n’en avais aucune idée. C’était embêtant.
Le problème ne venait pas de lui. J’étais sûre de le retrouver là. La petite quarantaine, la tête typique de celui qui vient de se faire larguer et qui essaye de le prendre bien, qui se dit “puisque c’est comme ça, je vais profiter du beau temps, je vais regarder ce que je ne regardais plus jamais”. Il y en a plein, des comme lui, au bord de la Garonne, qui viennent tremper leurs yeux dans l’eau. Même fermés.

Le problème, c’était moi. Ne jamais s’attacher à ses victimes. Règle numéro un de Flying Cassiopée. Les apprécier, oui. Prendre un peu de leur âme, de leur vie, avec gratitude, oui. Mais vouloir les revoir, non.
Mais ce n’est pas moi qui ai décidé de le revoir. C’est mon skate. Un Zoriac Metallica Pirate, celui avec l’épée au pommeau vert qui traverse la tête du type, vraiment le genre de skate que je croyais à l’abri de tout sentimentalisme. Mais il m’a mené vers lui, tout seul comme un grand, son cœur battant au bout de son nez de requin.
Avant que je me rende compte du bon tour qu’il m’avait joué, j’étais déjà à l’entrée du quai, à essayer de touner mes chevilles dans l’autre sens, de faire pivoter mon corps vers ailleurs, en vain
.

Elle est arrivée juste après son parfum, elle a arrêté sa planche en face de moi et elle s’est accroupie, de dos. J’ai fait semblant de ne rien voir, j’ai juste laissé filtrer un infime trait de jour vers mes yeux. Elle devait sûrement avoir envie de me dire quelque chose,,je me demandais bien quoi. Probablement, elle-même n’en avait aucune idée non plus. Je ne voyais que son bandana rouge, sa nuque probablement plus bronzée par le soleil de la rue que par celui des plages.

J’avais le regard du type sur moi.
Je percevais qu’il me détaillait. Je sentais presque l’effleurement de ses cils descendre le long de mon dos, remonter sur ma nuque, mais bizarrement, ça ne me gênaît pas. Pourtant, Dieu sait que je ne supporte pas les regards des hommes, quand ils se mettent à vous palper en pensée.
Mais celui-là ne me déshabillait pas. Il m’apprenait, simplement.
Je savais qu’il attendait que je lui dise quelque chose, qu’il n’allait pas m’aborder spontanément. Après tout, c’était lui l’offensé, le volé. J’ai serré fort son Ipod dans ma paume droite et j’ai attendu. Je n’ai pas osé le mettre sur moi. La preuve que pour moi, c’était encore le sien.
J’ai mis au moins mille ans pour faire un quart de tour vers lui. J’avais l’impression d’être un chevalier du moyen-âge en armure et de devoir soulever trois tonnes de fer pour lever un bras. Je n’ai réussi qu’à me présenter de profil. Me retrouver en face de lui était au-dessus de mes forces. Il ne me faisait pas peur et c’est justement ça qui me faisait peur à moi.


À présent, elle était de profil. Je voyais son aisselle, par l’ouverture de son débardeur, un peu de peau plus blanche, plus cachée.
Elle faisait semblant de hocher la tête sur une musique imaginaire, pour se donner une contenance.
Elle voulait se donner l’air de passer sur une péniche, de s’éloigner tranquillement vers l’aval, de couler comme la Garonne, se retrouvant quelques secondes devant moi, mais par hasard.
Il lui fallait sûrement du temps pour me parler, je ne savais pas de quoi, mais je savais que je devais respecter ce délai, le temps qu’elle se tourne progressivement face à moi, quart de tour par quart de tour, faire ses phases de lune jusqu’à la pleine lune où elle ferait s’ouvrir mes paupières par la seule force de son regard.
Sur ce bout de quai, dans toute la ville, dans l’univers entier, on n’entendait plus que les petites roues de mon walkman. Entre la fille et moi, des poulies rouillées remontaient des seaux remplis d’eau claire, pour laver la vitre invisible qui nous séparait, l’amincir, la faire fondre, la transformer en ruisselet, puis en torrent puis en fleuve majestueux, une Garonne de confiance.

Je me suis retrouvée face à lui. J’ai pivoté toute seule, comme si j’avais encore eu mon skate sous mes pieds.
Je tremblais, je ne comprenais pas pourquoi, je n’avais pas envie d’un plan drague, ce n’était pas ça du tout, moi les envies des hommes, non merci, avec ce que j’en ai vu, je crois que j’ai fat le tour de la question pour toute ma vie.
Mais ce type, j’avais envie de lui faire confiance.
J’étais sûre à son regard qu’il n’était pas homo et qu’il me trouvait belle, désirable, et ,en même temps, j’étais certaine jusqu’aux tréfonds de moi que j’aurais pu rester seule avec lui dans une cabane isolée au fond des bois sans avoir peur.
J’ai ouvert la bouche, soulevé les pont-levis de mes lèvres, j’ai ouvert ma paume droite avec l’Ipod dedans, comme si la main de Dieu ouvrait la mienne de force et je lui ai demandé “Il ne vous manque pas trop ?”


J’ai bien aimé sa question, parce que celle qu’on me posait tout le temps depuis trois mois, c’était plutôt “Elle ne vous manque pas trop” ?
— Il m’a manqué les premières heures, puis j’ai redécouvert mon vieux walkman.

Dans son regard, pendant que je le lui disais, j’ai appris comme si c’était la première fois, que je m’appelais Cassiopée et que j’avais seize ans.
Lui, il s’appelait Jérome, il en avait presque trente-huit.
Le plus incroyable, c’est que Jérôme écoutait du Metallica au moment où moi, je roulais sur mon skate Metallica Zoriac Pirate. Ça me faisait penser à un choc de crânes qui trinquent dans un dîner de guerriers vikings. Un signe du destin.
En plus, vu son walkman qui grinçait affreusement, il n’avait vraiment pas peur du ridicule. Il n’était sûrement pas du genre à se ramener dans une grosse voiture avec des commandes électriques partout, genre, avant que tu ait compris ta douleur, ton siège se baisse vers l’arrière et tu te retrouve couchée sur le dos en position feu de l’action, pendant qu’une chanson du genre “Hotel California” déboule des hauts-parleurs et que le type te dit, que si tu es très gentille avec lui, il t’aidera à te lancer dans une grande carrière, oh oui, tu en feras des grandes choses, mais d’abord, je vais t’aider à devenir une vraie femme, et tout le toutim . Comme le type a déjà sa langue au fond de ton oreille, toi tu entends “slip tlup eslp tlèsp glentillelp avlep slpmoi, etc”, mais tu comprends quand même l’essentiel du message.
Jérome c’était plutôt le genre à se balader à pied sur les quais en faisant intérieurement des “oh” et des “ah” à chaque fois qu’il voyait quelque chose de joli.
Ce que j’ai adoré, c’est qu’on a ouvert les yeux en même temps. Mais vraiment exactement.


Cassiopée a regardé la Garonne, puis moi, comme si elle m’envoyait toute l’eau du fleuve sur la figure pour me laver. Elle m’a proposé :
— Et si on faisait un échange, vous et moi ?
— D’accord. Moi, je prends tes seize ans et toi, tu prends mes trente-sept.
Elle a souri et rejeté sa tête en arrière.
— Nan. Vous ne feriez pas une bonne affaire. Les seize ans de Flying Cassiopée, ils sont pourris. Pire que mille ans. Non, je pensais à l’Ipod contre le walkman.
Là; j’ai ri franchement. Elle était gonflée, la petite.
— Autrement dit, tu voudrais échanger un de mes objets contre un autre des miens ?
Elle m’avait tellement épaté que, presque malgré moi, j’ai enlevé mon walkman et je l’ai poussé vers elle.
Bizarrement, Cassiopée est redevenue grave. Elle a retiré son bandana pour envelopper mon Ipod avec et elle me l’a rendu ainsi emballé.
— Pour que vous ayez un petit quelque chose de plus. Un petit quelque chose de moi.
Puis elle m’a demandé :
— S’il vous plaît, remettez votre Ipod sur vous. Et mettez le son, mais pas fort, juste un peu.
Je l’ai fait et elle même s’est coiffée du walkman. J’ai entendu qu’elle mettait “Nothing else matters” et je l’ai mis aussi de mon côté, nos musiques étaient synchro, aucun décalage de son, même pas un effet d’écho. Comme le son était faible, on entendait tous les bruits autour, les cris des enfants, les autres musiques des autres gens.

J’ai cru qu’on ne se dirait plus rien et qu’elle allait rester à écouter la musique un moment et que, sans prévenir, elle regrimperait sur son skate et disparaîtrait à jamais.
Mais au bout d’une ou deux minutes, elle a murmuré :
— Quand j’avais onze ans, un type m’a donné rendez-vous pendant deux mois, tous les lundis à quatre heures.

J’ai tout raconté à Jérôme, je ne sais pas pourquoi, c’était plus fort que moi. Comment j’aimais rentrer de l’école par le canal, même si ça me faisait un détour. Comment ce type m’avait abordée et persuadée de le laisser prendre des photos de moi. À la fin, il m’avait donné rendez-vous pour le lundi suivant. Rendez-vous ! Il voulait que je m’habille de telle façon, telle couleur, que je prenne telle position, fasse ressortir mes tétons en les frottant avec un glaçon, plein de choses, selon son humeur. Parfois, il me demandait de me mettre en culotte. Il prenait des photos et me donnait trente euros. Il disait que j’étais sa petite déesse, que je ressemblais à Jessica Alba en blonde. Il ne m’avait jamais touchée ni parlé mal, mais c’était quand même très bizarre.
D’abord, Jérôme n’a rien osé dire et je le comprenais, ça ne devait pas être facile pour lui, de se retrouver sur le quai de la Daurade avec une fille qui lui balançait tout ça, mais à un moment, il m’a demandé :
— Pourquoi tu revenais à ses....rendez-vous ?
Je lui ai dit la vérité.
— Je croyais que... j’étais importante, que pour une fois, je ne passais pas inaperçue. Et ça me faisait des sous pour m’habiller bien et tout.
— Et tu n’en as jamais parlé à tes parents ?
— Au bout de deux mois, le type a disparu. Je ne l’ai plus jamais revu. J’ai failli en parler à un moment, puis je me suis dit que ce serait mieux pour tout le monde que je me taise, surtout pour mes parents. ils sont très gentils, mais ils vivent dans une bulle, la bulle des gens qui se croient à l’abri de tout. Le pire, c’est qu’il y a quinze jours, un autre type m’a prise en stop et il a commencé à me tripoter, rien de trop poussé, mais ensuite, il m’a donné... rendez-vous.


Je l’ai écoutée me raconter son histoire avec ce dingue qui l’avait transformée en poupée vivante, qui la faisait se pencher, écarter les jambes, prendre des positions lascives. Et maintenant, cet autre type qui lui refaisait le coup du rendez-vous.
Visiblement, Cassiopée était une fille de bonne famille, même si elle traînait dans la rue, sa façon de parler et de bouger sentait plutôt les beaux quartiers. Elle avait sûrement peur de faire tomber ses parents de trop haut, de faire éclater la bulle.
Je ne voyais plus la Garonne ni l’herbe du quai de la Daurade, mais les bords du Canal et une petite fille bien habillée qui marchait vers son rendez-vous, tirée par une corde invisible, sa tête envahie de pensées confuses,
Elle s’est tue pendant un petit moment, puis a ajouté :
— Depuis, je vole. Je ne vole que des hommes. Mais que des hommes que j’aime bien, qui ont l’air gentils, à qui l’idée de me faire faire des choses ne viendrait même pas à l’esprit. À chaque fois, je prends un tout petit peu d’eux. C’est comme si je reconstituais un puzzle, le puzzle des hommes gentils, pour recouvrir les bizarres. Vous comprenez ?
J’ai secoué la tête et j’ai choisi de lui répondre franchement.
— Tu sais, ça ne marchera pas. Il y a des idées comme ça, qui ont l’air vraiment belles, mais qui ne marchent pas.
Jérôme avait raison, ça ne marchait pas. Même si je continuais à voler pendant dix ans, pendant toute ma vie, ç ne marcherait pas. Mais c’est tout ce que j’avais trouvé.
Je lui ai demandé :
— Qu’est-ce que je fais alors ? J’y vais, à son rendez-vous, à l’autre qui m’a prise en stop ?

Je ne savais pas comment casser le maléfice de cette corde noire qui tirait à nouveau Cassiopée cinq ans après, alors je suis allé au plus simple.
J’ai défait doucement le casque de mon Ipod sur ses oreilles et j’ai répondu.
— On fait un échange, d’accord, Flying Cassiopée ?
Le soleil commençait à se coucher et la lumière rasante du soir ajoutait du fauve à sa blondeur et de l’orangé à sa peau. Si je l’avais vue comme ça, sans rien savoir, j’aurais pensé qu’elle était une belle adolescente tranquille, à la vie sans histoire, presque ennuyeuse, qui venait prendre le soleil après les cours et s’éclater un peu avec son skate Metallica.
— D’accord.
J’ai saisi mon Ipod dans ma main et je l’ai remis dans mon sac à dos.
— Alors, je reprends mon bien et toi tu reprends le tien.
— Le mien ? Je ne vous ai rien donné.
— Si. Toi. Tu t’es confiée à moi et maintenant, je te rends à toi. Et à partir de maintenant, c’est toi qui décide de ce que tu dois faire. C’est toi qui donnes les rendez-vous. Toi qui décides ce que tu veux faire de toi.

Je me suis retenue de chialer. Personne ne m’avait jamais dit ça. C’est con, bien sûr que je le savais, dans ma tête, mais personne ne me l’avait jamais dit, confirmé quoi. Ce n’était pas sorcier pourtant, mais seul Jérôme y avait pensé.
Il a ajouté :
— C’est toi qui dirige ta planche, non ? C’est toi qui la fait aller où tu veux.
— Pour revenir vous voir tout à l’heure, non. C’est lui qui a décidé. Et il eu raison à fond.
— Bon, mais c’était sûrement à cause de Metallica.

J’ai sauté sur mon skate et je lui ai fait un signe d’au-revoir, j’ai réussi à lui dire d’une voix étranglée :
— Merci ! À bientôt, peut-être. Ou pas.
En fait, je sais que je reverrai sûrement Jérôme. Il n’a pas besoin de me donner un rendez-vous pour que j’en ai envie. J’irai parce que je veux, parce que je crois que j’ai un ami.
D’ailleurs, ll faut que je lui rende son étui à lunettes que je n’ai pas pu m’empêcher de lui voler en douce.
Quelle idée aussi, d’étaler toutes ses affaires dans l’herbe.


Dis moi, ton éditrice, tu es sûr qu'elle sait lire ?
Je ne dirais pas que c'est TOUT TOUT TOUT TOUT fameux extraordinaire, explosif .. mais enfin, je peux le dis à 90 %, que c'est tout bon !

Tu vas l'envoyer à d'autres ? dis oui !
isa

elle fait pleurer, ta nouvelle, steph...

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Ben m... mon commentaire s'est évaporé.

Je disais que c'était au contraire très orginal, sous des dehors simples, tu fores dans le tréfond des personnages, leurs motivation, leur douceur, Ce sont des contes à grandir et à guérir. tes adolescentes sont bien croquées car elles ont vraiment ce mélange de graine trop vite poussée vers l'âge adulte, et cette enfance qui ne els quitte pas encore. Ton personnage, Jérôme, il me fait un peu penser à toi, en fait

cet éditeur, il a de la mélasse dans les mirettes


Exactement, de la mélasse : et je trouve que nous devons en parler.

NE CROIS PAS, que c'est uniquement par amitié que je dis cela ( en plus je ne te connais pas de visu, hein ) non, mais écoute, je viens de relire et relire tout Manèges pendant les deux dernières semaines ; je suis imprégnée de vos mots ; et je gamberge sur les corrections possibles, bien sûr, j'en trouve chez moi, mais en general, JE N'EN VOIS PAS.

Alors, les critiques, oh, c'est facile, bien entendu. Malheureusement, je n'arrive pas à voir où c'est constructif.
Soit nous nous changeons en prof, en educateurs, et nous parlons à des adolescents : et alors, OK, feu vert pour la critique constructive ( à définir )

Soit nous avons affaire à des adultes qui écrivent depuis longtemps et beaucoup ( comme c'est le cas pour nous tous ici ) et alors, hein, on a l'air fins avec nos critiques.

Je peux en parler pendant des siècles une fois lancée sur ce sujet. C'est ce qui fait le plus grand mal dans les ateliers d'♪0criture. Cela ne veut pas dire que je n'accepte pas les corrections, que je n'en vois pas, à faire, et parfois urgents , dans les textes des autres.
Cela veut dire simplement que sur le sujet "critiques et corrections" nous sommes dnas un magasin de porcelaine.. On avance sur sabots de velours, on glisse, on fait patte douce, on va doucement.

Quand on est en grande amitié, ce qui, pour moi, signifie en grande confiance, la, ET LA SEULEMENT on peut conseiller un changement, un terme différent, une autre tournure de phrase - ce que j'appelle des coquilles et coquillages. Si on nous pr♪0sente un texte qui ne nous plaît pas ( car nous avons aussi des raisons perso de choix ) on dit tout simplement : " Désolé, mais ce texte n'est pas pour moi. Je ne le "sens" pas ". Et c'est tout.

Mais lacérer tout un manuscrit avec les termes à l'emporte-pièces de ton éditeur ( ou trice ) cela n'apporte rien.

Lise

Mahatma Bandit

Isa : en fait, elle est plutôt cool, on sait que Cassiopée, grâce à la "protection donnée parfois aux inconscients", a évité le pire et qu'ensuite, elle a louvoyé, et elle fait même une bonne rencontre. Ce qui est bien, dans un texte, c'est que souvent, les fils se nouent, des cordes se tendent, alors que dans la vie, c'est plus flou, en tout cas plus discontinu. Un texte est un univers cohérent, je veux dire pas dans le sens moral, mais physique, "polarisé" on pourrait dire. La vie telle qu'on la vit, est plus cahotique, et surtout, elle a une force d'inertie qui est pire que tout, c'est peut-être ça , le pire ennemi, tu ne crois pas ? En tout cas, moi, elle me terrifie, davantage que ce qu'on appelle "le mal", pour moi c'est peut être ça "le mal".
Voilà, j'ai trouvé : un texte, même très noir, a une dynamique qui gomme cette force d'inertie. Un texte, c'est peut-être une sorte de redistribution de la matière, où la dynamique dominerait l'intertie.
Ou pas. Je ne sais pas. Je n'ai aucune théorie.

Flo : Nan, même bien avant l'an 2000, je n'avais plus de walkman depuis des siècles et je n'étalerais sûrement pas mes affaires dans l'herbe dans un endroit passant comme celui-là.. Il craint un peu, le Jérôme, sa séparation l'a rendu un peu abruti, je l'imagine en train d'ouvrir sa boîte de haricots blancs et trouver qu'ils ont tous exactement le visage de sa bien-aimée. "Oooh, ma chérie, je te mange, je communie avec toi". Non mais regardez le, en train de béer devant le fleuve, avec une valise dans chaque main.
Par contre, comme lui, j'aime bien les voleuses, les fugueuses, les taggeuses, les pas rangées, celles qui ont un grain.
Heureusement que Cassiopée le secoue, elle ne lui vole pas son Ipod, elle lui arrache sa léthargie, en fait, et lui redonne forme humaine.
Cassiopée, je l'ai prise d'un début de roman que j'avais laissé en plan
J'adore prendre un personnage d'un texte et le mettre dans un autre.

Lise : en fait, il y a deux types de véritable critique "pratique", la critique générale ("ton texte est un peu long, il gagnerait à être raccourci et ton début à être amené plus vite" ou bien "le déroulement de ton histoire n'est pas crédible et manque cruellement de travail de documentation pour l'appuyer" ou bien, à la lisière de la catégorie suivante " tu devrais mettre plus de dialogues pour donner du mouvement à ton histoire et créer des paragraphes pour l'aérer") et, autre catégorie, la correction précise("à la page xxx, tu dis que Aurore a vu Souhila derrière elle dans le miroir du magasin. Or, à la ligne d'après, tu écris que Souhila arrive par devant". Ou bien "page XX, Marie affirme qu'elle sait très bien nager, mais ensuite page XX, voilà qu'elle n'a jamais appris à nager" (un vrai exemple, qui montre qu'il faut relire à fond, sauf que ce n'est pas un correcteur qui l'a trouvé, mais moi). Ou bien "la réaction de ton personnage page XX ligne YY paraît peu adaptée à sa personnalité et au contexte").
Le reste, c'est fondamentalement un j'aime/j'aime pas, c'est une critique d'impression.
Critiques d'impressions et critique générales pourront être données même aux premiers stades.
Les corrections précises, elles, ne seront données en plus que dans le cadre d'un projet défini (publication, atelier, etc).

En tout cas, Lise, c'est obligé que sur "Tournez manèges" (au fait, grand grand merci pour ta liste des personnages), il reste des choses à revoir. Pas forcément des grosses modifications, mais des petites éparpillées. Mon roman qui va paraître, "Je reviens de loin", ça fait je ne sais pas combien de fois que je le revois. Je n'ai pas touché au fond de l'histoire, mais je trouve toujours une petite faiblesse ici, une incohérence là (comme dans mon exemple ci-dessus, la fille qui sait nager puis qui ne sait plus), ou une phrase en trop qui dit exactement la même chose que la précédente sans rien apporter de plus, ou une ambiguité de dialogue due au fait que ce n'est pas très clair si tel ou ou tel personnage parle, etc etc. Il y a forcément toujours un truc. Surtout quand tu as travaillé sur plusieurs versions de ton texte, assez longuement dans le temps, là, gare aux télescopages.

Quant à la lettre que je citais, elle relève de la critique génétale, de la critique-impression. plus subjective, peu ou pas exploitable pour en faire quelque chose. Mais ils recoivent tellement d'envois qu'on ne peut pas espérer autre chose tant le manuscrit n'a pas franchi plusieurs stades de lectures.


isa



Oui je sais c’est une nouvelle très cool, et où il se passe quelque chose de très bien, ce n’est pas pour cela qu’elle faisait pleurer.

" je reviens de loin", quel événement, je suis vraiment très très contente qu'il paraisse, tu as plus de précisions, c'est quand et où? (l'apprentie biographe qui cause )

pour la force d'inertie, je ne sais pas Steph. Je comprends que tu éprouves ça,parce que c'est par exemple par rapport à tes livres, et là il y a toujours une énorme force d'inertie, ça doit t'éprouver, à force...
mais sinon, non, je ne trouve pas que la vie ait une force d'inertie, je la trouve extrêmement cahotique et pleine d'événements en tout genre qu'il faut accueillir et souvent gérer, et moi ça me donne la tête qui tourne tellement y en a, c'est épouvantable (passionnant ! mais pas toujours)
La force d'inertie, j'ai toujours eu un peu tendance à rentrer dedans de plein fouet. Mais bon, aussi, je ne suis peut-être pas une grande réussite
C'est peut-être lié à la dépendance, par exemple c'est difficile pour toi de publier tout seul, donc tu es forcément dépendant des autres pour cela, et c'est cela qui crée l'inertie. J'avoue humblement que depuis deux trois ans j'ai définitivement décidé d'envoyer paître au maximum ma dépendance à quoi que ce soit et qui que ce soit. Du coup, je n'aurai sans doute ni publication ni reconnaissance, bien que j'en aie objectivement besoin, comme tout être humain. Mais c'est le prix à payer pour l'indépendance, et à mon âge, vu comment j'ai toujours conduit ma vie (dans cette direction-là, de l'invisibilité plus ou moins volontaire), ça me paraît un prix correct.

je reviens à ta lettre d'éditeur (éditrice?)
je n'ai rien dit à ça pour l'instant là-dessus, parce que sincèrement je n'ai pas COMPRIS. Comme tu le dis toi-même très intelligemment, il n'y a aucune raison de te faire ainsi une lettre manuscrite, alors qu'une lettre-type aurait suffi. Je suis à peu près sûre qu'il n'y a aucune chance pour qu’elle ait fait cela par désir de pédagogie, ce n’est pas logique.
Je ne vois que deux solutions possibles : soit elle avait envie de faire mal, exprès, bien mal, pour affirmer on ne sait quel pouvoir ; soit elle est à la fois attirée et dérangée par ce que tu écris, et ne sait pas comment l’exprimer, donc elle refuse mais en même temps elle crée une relation personnelle. Les deux me paraissent très possibles. Mais ça demeure quand même un mystère profond pour moi.
Je reconnais que, oui, ça peut arriver que les gens soient insensibles à ton écriture, qu’il faut être d’une certaine façon, avoir vécu ceci ou cela, pour y accéder, que ce n’est pas évident. Donc, malheureusement, comme tu as vraiment un style et que tu es tout entier dans ce que tu écris, il y aura forcément des gens à qui ça ne plaira pas.

Oui, oui, Isa, je suis en accord avec tout ce que tu dis.

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Je trouve ce texte vraiment très touchant. Dans la forme comme dans l'émotion, il me rappelle le roman de Shan Sa, La Joueuse de Go.
Je n'ai pas suivi l'histoire avec la maison d'édition, mais je crois que chaque éditeur a son propre style, ses propres contraintes. Il ne faut pas pour autant se décourager quand un projet est refusé. Chaque chose a sa place, et ton texte trouvera certainement la sienne !

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