Sésame des soleils, 1. Le Toit du monde

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Où reste la graine ? Dans la pousse, la tige, la feuille, les branches ou le sommet de l'arbre ?"
(Sutrâ de la conscience révélée)

Lebbi ya Maryam, chant araméen




Sésames des soleils
1. Le toit du monde.


Te voilà donc
dans ces drôles d'habits qui ne sont plus de chez nous
te voilà donc
fardé de cet autre visage

tes autres traits
quel coup de poing
quelle menace pour nos livres et pour nos édifices
tu dis tant mieux
tu aimes les fissures
parce que l'œuf ne peut pas venir d'un mur plein
tu n'as pas peur du sol qui se dérobe sous tes pas
mais nous ne sommes que nous
nous ne sommes pas des sages
à peine des statues penchées
sur lesquelles le toit qui viendrait à se poser
aurait tout à redouter

mieux que les autres
je t'ai attendu
je dis mieux parce que je suis celui qui a le plus maigri
tu as quitté un enfant
et tu vas retrouver un vieux plus jeune encore
le soleil commence à traverser mes mains
tant elles sont fines et usées de se tendre pour regarder
pour tenter de saisir

où étais-tu ?
nous ne sommes que nous
nous ne durons pas toujours

les légions sont toujours là
parmi les chevaux que tu as connus
de ceux qui étaient tes amis il en restait encore un il y a quelques saisons
à présent ils sont tous morts
le temps est une vaste plaine
sur laquelle marcher essouffle bien plus sûrement
que les plus raides des montagnes du long récit que tu nous contes ce soir
mais tout est bien
chaque espoir que tu m'as obligé à tuer
s'est reformé comme repousse la queue du lézard
avec à chaque fois un peu moins de moi et un peu plus de toi

aux yeux des autres en somme
je suis toujours le même corps
mais moi je ne me reconnais plus
pourtant
de toi qui a bien davantage changé encore
dès la première seconde où tu as réapparu
nous avons tous dit
c'est lui

je sais
peu importe la forme de la clé qui ouvre les soleils
mais nous ne sommes que nous
ne l'oublie pas

tu te souviens ?
chaque caillou chié
taille le diamant
tu disais cela tu le chantais presque et nous éclations de rire
nous étions petits
nous allions ensemble derrière les arbres
et accroupis nous devisions aimablement à même hauteur
ce n'est qu'après
juste avant ton départ
que j'ai commencé à comprendre qui tu étais vraiment
oui
chaque caillou chié
est une graine offerte aux récoltes

où étais-tu ?
as-tu aimé
là-bas comme ici
te lever d'un bond joyeux au beau milieu d'une barque ?
y-a-il des rivières là-bas au moins ?
je me demande comment l'eau parvient à rester en place sur de telles pentes
les gens sont-ils phosphorescents ?
on dit qu'à cette altitude
ils parviennent à se nourrir de l'étoile
dont ils sont plus proches

je te vois rire
nous ne sommes que nous

le Toit du monde tu dis ?
je me demande comment sont leurs femmes
si la neige fond vite ou lentement sur leurs cheveux
si même elle fond jamais tant ce pays est haut
ou bien
puisque dans ces contrées on pourrait presque toucher l'étoile
leurs cheveux flamboient-ils dans l'hiver comme ceux des femmes de l'Ile Verte ?

regarde
les légions sont toujours là
et certains nous aiment
parfois l'un ou l'autre des soldats vient nous raconter un peu du monde qu'il a vu
il est des endroits où les gens croient mourir chaque soir quand le soleil disparaît
et d'autres où au contraire ils chantent et dansent pour qu'il disparaisse un moment
parfois l'un ou l'autre vient nous expliquer cela
mais aucun d'entre eux n'est allé là d'où tu reviens aujourd'hui
alors je t'écoute
je veux tout savoir
je ne suis que moi je t'en voudrai toute ma vie

mais avant tout bois cette eau d'en-bas
bois le suc des roches de nos vallées
bois le bas
bois le profond
reste un peu avec nous
j'ai si peur que tu t'envole à nouveau

nous t'attendions
nous allumions des bougies le soir
à l'heure exacte où tu étais parti
dès que tu as passé la troisième colline
celle à partir de laquelle on ne pouvait même plus voir le point auquel tu t'étais réduit
nous avons commencé à maudire les autres pays et les autres gens qui allaient te voir
nous ne sommes que nous
n'espère pas mieux

tu sais
ce matin sans même attendre le lever du soleil
je me suis posté au point le plus haut
pour t'apercevoir de loin
j'aimerais te dire que c'était par amour
je voudrais tant savoir aimer comme toi
toi tu sais te pencher vers le sol
même quand il n'y a aucune fleur à respirer
mais nous ne sommes que nous
nous avons besoin de parfums de bijoux de caresses
nous avons surtout besoin que l'autre soit moins aimé que nous

et nous croyons prier
alors que nous trépignons

où étais-tu ?

le Toit du monde tu dis
le Toit du monde
mais à quoi sert un toit
là où il ne pleut pas ?

Dernière modification le vendredi 15 Juillet 2016 à 11:27:22
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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