Cinquième de couverture

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Hors-ligne
En plein midi, il y a grandes ténèbres;
Plusieurs disent : «C'est la fin de tout,
C'est la fin du siècle présent.»
Ils ne savent pas; ils ne disent pas vrai
(La Chanson de Roland)

 

(Bliss, chanson des Muse chantée à capella par un homme-chorale)



Cinquième de couverture


il existe un livre
avec une page en plus

il existe une histoire sans début
dont on a peut-être arraché la trame
ou nagé sous l'encre pour en détacher l'esprit
dès la première page on y franchit l'arche qui délimite la ville
déjà exilé sans même y avoir vécu

il existe un livre qui ressemble à un relais de poste déserté par les hommes
des chevaux frais viennent y essuyer ceux qui tremblent de fatigue
une porte ferme l'autre qui ouvre la troisième
et dans la troisième pièce
un bouillonnement secrète un oiseau
lumière incongrue
choc aux yeux que l'on frotte pour tenter d'enlever
cela
de soi

notre surprise lui suffira
l'oiseau poussera un cri d'une infinie douceur
il est une rivière de sang d'où l'on peut s'envoler

le vol sera lourd
et s'il le faut l'oiseau changera de direction
se posera
trouvera une cage
y entrera
puis jettera la clé au loin
le temps d'être un peu seul pour faire le point sur les routes du ciel

et puis il tient à être là
quand un chant réveillera le Mal
non pas venu de sombres régions
non pas forgé dans des fabriques étrangères
mais venu de nos poumons
jailli de nos bouches
chorale de la ténèbre

  I care for you *
dit la ténèbre
  je monte sur scène et face à moi mes milles mains m'applaudissent
  je chante et je m'écoute
  et bien que je me suffise
  ma voix vous nomme et vous dénombre

  pendant que je m'engendre
  surveillez cet oiseau

bien qu'il voudrait dormir
l'oiseau l'entend
la nuit sera longue
il n'est pas de sépulcre
pas de pierre ni de granit qui se referme sur soi
nous sommes le sépulcre
rose et tiède la tombe
grands ouverts les yeux qui dorment
et ne lisent pas ce livre
dont une page se trouve après la fin

au jour suivant la ténèbre roule
sur l'échangeur routier en forme de trèfle
de n'importe quelle ville
entre mer et montagne
en ce temps qui n'est pas demain mais ce soir-même
il est un livre avec une page en plus
la ténèbre le cherche aussi
la ténèbre roule elle en transporte tout un chargement
se le fait lire à haute voix par un des autres soi
mais aucun des livres n'est celui-là

ses phares avant se reflètent sur des phares arrière
lumière insuffisante pour percer le métal
et révéler les esclaves entassés dans le camion
qu'il conduit aussi

  I care for you dit la ténèbre
  je ne viens pas d'une autre partie du monde
  vous m'avez chantée et je résonne
  voici que je vous nomme
  things cosas choses dingen rzecsy hajét

et ce roulement de guerre qui sort sans cesse par les enceintes des portières
ce bruit
ce bruit
par pitié que l'on prévienne la ténèbre que nous l'avons comprise
nous avons traduit son langage
nous lui obéissons et célébrons son culte

  ne me cherchez pas sur une carte du monde
  je ne viens pas d'ailleurs
dit la ténèbre
  je suis la connection
  j'empêche l'oiseau de se reposer
  vous ne l'aimez pas
  vous l'avez oublié
  I care for you dit la ténèbre
  il existe un livre avec une page en trop
  je l'ai arrachée pour que vous n'y pensiez plus

  les esclaves n'ont besoin ni de mer ni de montagne
  ni du ciel ni de la terre
  ils regardent droit devant eux
  pas trop loin
  et accomplissent la tâche
  I care for you
  je vous aime tant
  mesurez votre chance
  vous dormez alors que l'oiseau ne parvient pas à trouver le sommeil

l'oiseau se ramasse
place ses ailes sur son visage
recouvre ses yeux et ses oreilles
pour dormir un peu
la ténèbre est bavarde
elle parlera toute la nuit
le bruit ne s'arrête jamais

endormi près du seuil de la cage
il sait qu'il pourrait sortir par sa seule volonté
et aller dormir ailleurs
mais c'est là qu'il faut être
pendant que la ténèbre parle
danse subjugue sonde et palpe

de temps à autre sur ses écrans la ténèbre observe l'oiseau
sans comprendre qu'il couve
invisible de tous
le livre et sa cinquième de couverture
de temps à autre sur ses écrans la ténèbre observe l'oiseau
sans savoir qu'il est une oiselle
la ténèbre chante s'enivre et se multiplie
sans voir les seins de l'oiselle passer entre les barreaux
ils sont déjà dehors
prêts à nourrir et donner du plaisir
lorsque le livre naîtra

si l'oiselle a jeté la clé au loin
ce n'est pas parce qu'elle a renoncé
mais pour que quelqu'un la trouve


* cf  Le jour où Dieu a pris un selfie j'étais là <= <= "le doigt qui ouvre les pétales"  [lien]<= * => une porte est peinte sur le verre du ciel"  [lien]

Dernière modification le samedi 23 Décembre 2017 à 12:26:31
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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