Oiseaux d'hiver- 6. la chorale des enfants d'Ys

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Elle sort de son lit
tellement sûre d'elle
La Seine, la Seine, la Seine

Reprise de la chanson de M. et Vanessa Paradis par un chœur d'enfants :




Oiseaux d'hiver.
6. La chorale des enfants d'Ys-sur-Seine

Au troisième jour
vingt-deux enfants un pianiste et un piano
dérivaient sur un radeau

on nous avait prévenus
un jour tout cela aurait une fin
plus personne ne distinguait le serpent du pied

on nous l'avait bien dit
on ne s'en tirerait pas comme ça
des blocs de pierre des nymphes à demi nues des arbres voyageurs
des esclaves et leurs maîtres racontant une seule et même histoire

des objets connectés
à d'autres objets

tous nous avaient supplié d'arrêter

à la seconde où l'eau a touché le grand noyer
j'ai su que c'était fini
pas seulement ce jour mais tous les jours
pas seulement les autres mais moi aussi

le matin suivant serait le plus beau jamais vu
le soleil levant poserait des millions de reflets roses sur l'eau
des petites îles de lumière déserte
des millions de possibles qui feraient briller les quelques yeux qui restaient
peut-être

comme si ce monde retombait en enfance
et que la vie pourrait un jour recommencer
bien plus tard

quelques heures après le début de la fin
une forêt d'index pointés
affleurait encore à la surface
par où pouvaient-ils bien respirer ?
par l'ongle
ou par leur ombre sur le ciel projetée ?
corps trop élevés pour nous être sensibles
et pour être sensibles à nous
index toujours pointés mais cette fois vers le bas
peuple du haut aussi peu heureux de nous
que le peuple du bas

ils nous l'avaient bien dit

plus de sol
plus de serpent
nulle part où poser le pied

Au troisième jour
vingt-deux enfants un pianiste et un piano
répétaient sur un radeau

il resterait bien quelque part
quelques oreilles quelques yeux quelques cœurs
pour les entendre
alors ils l'avaient tous décidé d'une même voix
le spectacle continuait
on pleurerait on aurait faim
on ferait pipi comme on pourrait
mais on chanterait

plus l'eau montait
plus la réserve de sandwichs baissait
à un moment les deux allaient se croiser
ils le savaient
tout comme ils savaient
qu'à un moment ils auraient le choix entre boire l'eau de la ville
-il craque elle s'allonge sur le radeau nous trempons nos visages
dans le nouvel océan
dans l'eau de la ville
pour boire le serpent

une heure de plaisir
un jour à se tordre
une nuit à mourir-

ou ne plus jamais boire
et s'éteindre avec le jour
la langue gonflée de pleurs muets
tentant de chanter pour boire
 
Au troisième jour
vingt-deux enfants un pianiste et un piano
chantaient sur un radeau
qui faisait partie du décor de leur spectacle
un vrai radeau de bois construit selon les règles
-la maman d'élève qui a eu cette idée
sera la seule et unique sainte de leur si brève église-

Au troisième jour
leur chant gonflerait une voile invisible

grâce à eux
rien ne pourrait disparaître tout à fait
grâce à eux
serait épargnée au monde la fin d'après la fin









Bonus : la Seine en roue libre à quelques pas en bas de chez moi. À gauche, des chevaux et poneys paissent à la belle saison. Au centre des ruches, des brebis et, plus loin au fond, le "vrai" lit de la Seine. À droite, des jardins ouvriers et des champs maraîchers. La tout réuni ces jours-ci sous une même eau. Au premier plan, le grand noyer qui fait une apparition dans mon texte.



Dernière modification le vendredi 09 Février 2018 à 16:27:18
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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