petit jeu d\'écriture pour sortir de l\'hiver

Cela fait longtemps que je n'ai proposé un petit jeu d'écriture en ce lieu...

Remettons-nous y, peut-être cela ravivera d'autres ateliers suspendus...

Alors, chers tous,

une fois n'est pas coutume, je vous suggère d'écrire une courte histoire avec en toile de fond un morceau de musique d'Arvo Part : fratres

http://www.youtube.com/watch?v=5vO92REraUo&feature=related

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http://www.youtube.com/watch?v=5vO92REraUo&feature=related" target="_blank" rel="nofollow">[lien]
isa

il est sublime, ce morceau...

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même un tout petit textounet... j'essayerai d'écrire sur ce morceau dès la fin du WE... si le coeur (je sais tu est très occupée) t'en dit...

Ouh là ! Quelle merveille ce morceau. Merci Flo !
isa

ah ah pauvre flo ))), elle veut des textes et nous on écoute la musique (mauvaises élèves). Coucou Ile
Orfélin

Bonjour chers vieux amis, ça fait une paye pas vrai ?

Je n'ai pas vraiment le temps d'écrire un nouveau texte en ce moment, surtout sur une musique aussi dense mais j'ai trouvé un chapitre d'un de mes romans pas encore publiés (litote pudique pour dire que pour le moment il s'est fait étaler ), "La fille du fou" et j'ai envie de le partager sur ce jeu, parce que je le sens compatible et que j'ai envie de pousser la porte de l'auberge.


**********

6.
Les fous-rires des âmes



Le silence revient peu à peu sur les Neuvrines. Je presse le pas dans les ruelles du village. L’obscurité est totale et l’air venu de l’ouest est un peu salé et je peux imaginer l’océan lêcher le trottoir et des créatures marines me frôler. Je comprend encore mieux pourquoi les gens d’ici sont un peu frappés.
Vite, je prends en direction du bois des Fourmes. Il faut que je rattrape les sept lumières. Heureusement, elles avançaient lentement. Je les distingue déjà, loin devant moi.

Je traverse très facilement l’enchevêtrement de feuilles noires, de branches et de cailloux. C’est la première fois que je vais tout seul dans une forêt, la nuit. Je n’ai pas spécialement peur, en fait je crois même que j’aime bien ça. De toute façon, les esprits ne sont pas là à tourner autour de moi, ils doivent pister les lumières eux aussi.

Insensiblement, je me rapproche des sept points lumineux. Et surtout, je commence à distinguer la personne qui les porte. Une seule. Et je n’arrive pas à en croire mes yeux. Pendant un instant, j’oublie le bois des Fourmes et j’ai l’impression de me retrouver dans un autre monde.
Une chemise de nuit blanche ressort, au milieu des troncs noirs des arbres, mais ce n’est pas un fantôme. Des cheveux blancs, eux aussi, trouent la masse sombre des feuilles. Et un visage connu se retourne vers moi avant que j’ai eu le temps de me cacher.
— Dis donc, Noël, tu devrais être couché à cette heure-ci ! Moi aussi, d’ailleurs, je sais, je sais...

Mamie Norine abaisse le chandelier pour m’éclairer. Un chandelier à sept bougies que je reconnais, il trône sur la cheminée des Trois Branches. Il doit être très lourd à porter pour elle. Elle a l’air si brillante et si légère dans la nuit que j’ai envie de me mettre à genoux devant elle, comme devant une déesse ou une fée.
— Mais qu’est-ce que tu fais là et pourquoi tu portes le...
Mamie Norine hausse les épaules. Dans la forêt, elle est vraiment différente, elle marche avec plus d’assurance et elle se tient plus droite, elle a l’air d’avoir vingt ans de moins, on dirait une très jeune vieille.
— Je balise la clairière avec les lumières pour que des avions anglais puissent parachuter des vivres pour la Résistance...
— Mamie, on n’est plus dans les années quarante...
Ma grand-mère éclate de rire et les lumières des sept bougies ont l’air elles aussi secouées de petits fous-rires.
— Mais non, je te fais marcher, va ! Je n’ai pas toujours la tête à l’envers... seulement quand ça m’arrange... je vais t’expliquer....
Elle observe autour d’elle, comme si des présences invisibles pouvaient surprendre ses paroles. Un petit animal court dans les feuilles en direction du village. Elle semble le suivre du regard et attend qu’il se soit bien éloigné pour reprendre.
—.... Mais je ne sais pas si c’est bon pour toi que je te le dise, mon Noël. Enfin... si tu es venu jusqu’ici, c’est que le destin t’a amené.... Ce que je fais ? Tu vois ces sept lumières ?
Signe convaincu de la tête. Tu parles que je les vois.
— Ce serait difficile de les rater, mamie. On les voit depuis ma chambre aux Trois Branches....
Mamie Norine élève soudain le chandelier tout à fait au dessus de sa tête, et, les bras dressés. Elle m’impressionne drôlement.
— ... Eh bien mon petit Noël, vois-tu, je porte les âmes des sept assasssinés. Tu sais, on est encore un peu sorciers, par ici. Oui, à chaque pleine lune, je porte leurs âmes jusqu’au Coup de Soleil., l’amas de rochers où on a retrouvé chacun des corps, pour que le lieu ne les oublie pas...

Je n’en crois pas mes oreilles.
— Euh... comment te dire ?... hum...
— ... Ma petite Mamie Norine, tu es complètement félée de la cafetière, c’est ça que tu veux dire, hi hi hi ! Je ne me vexe pas, je te comprends. D’ailleurs, elles me l’ont dit aussi, tout à l’heure....
Nouveaux petits fous-rires lumineux des âmes en haut du chandelier.
—Tu sais que j’en connaissais trois personnellement ? Si tu veux, je te raconterai leur histoire....
— Non, je ne préfère pas.
Trois des flammes viennent de s’incliner légèrement. Non, c’est un hasard, c’est un petit coup de vent juste à ce moment-là, ça n’a rien à voir.

Mamie Norine abaisse le chandelier et la lumière, en changeant d’angle, redevient un peu plus normale, lui rend ses rides, sa fragilité et sa vieillesse. Je préfère.
— Viens, Noël, on va rentrer ensemble. Et on ne racontera rien à personne de notre petite sortie. Ta tante et ta cousine auraient du mal à comprendre.
Le bruit des feuilles agitées par le vent me rappelle un autre bruit, tout à l’heure, juste avant de sortir des Trois Branches.
— Au fait, mamie Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Tout à l’heure, quand je suis sorti, je t’ai entendue respirer... et c’était toi, j’en suis sûr, je t’ai reconnue ! Comment tu pouvais être ici et là-bas ?
Mamie Norine fait tourner le chandelier doucement autour de son visage, nos deux ombres se mettent à bouger, à tourner. Ça me donne le vertige.
— Peut-être que je me dédouble ? Non, c’est beaucoup plus simple... tu te souviens du vieux magnétophone d’enfant de Virginie ? Vous avez joué pendant des heures et des heures dessus.... eh bien, je l’ai récupéré dans le grenier, et je me suis enregistrée... pendant une heure et demi ! Et ronflez, jeunesse !
Ça fait du bien d’éclater de rire ensemble dans la forêt, de chaisser l’ombre et la magie. Ce cher vieux magnétophone ! Je n’aurais jamais pensé qu’il puisse donner un coup de main aux esprits.
— D’ailleurs, la cassette dure juste assez longtemps pour faire l’aller, déposer les flammes et revenir. Tu viens ?
J’hésite un peu.
— Jusqu’au Coup de Soleil ?
— Ne t’inquiète pas, tu es avec moi.... il n’y aura pas de bombardement allemand cette nuit.... ne fais pas cette tête là, je te fais marcher ! Je voulais parler de bombardement d’esprits... Noël ? Tu es un grand garçon qui n’a peur de rien, oui ou non ?
— Non.
— Au moins, tu es honnête.
J’essaie de faire bonne figure, de ne pas penser que le Tueur de la Marée Basse a sûrement traîné des corps le long du chemin où on est en train de marcher. Cette fois, je suis heureux qu’il fasse nuit, comme ça je ne peux pas chercher malgré moi des traces de taches de sang rouge sur les feuilles vertes. À chaque fois qu’une branche me frôle, je m’oblige à ne pas penser que c’est le bras d’un mort qui essaie d’attirer mon attention ou de me faire tomber sur le sol humide.

Enfin, on arrive vers le fameux amas rocheux, que personne au monde ne connaissait au-delà des Aubières avant les meurtres. Mamie Norine s’arrête, se retourne vers moi. Je jurerais que, sur le chandelier, les sept flammes se sont toutes retournées en même temps elles aussi.
— J’espère qu’ils ne viendront jamais tourner un film sur les meurtres ici. Tu sais, avec leurs idées tordues, ça pourrait bien leur faire envie un jour...
Je secoue la tête.
— Je n’aimerais pas non plus, Mamie... Çe serait vraiment nous manquer de respect.
Mamie Norine sourit. Elle aime quand je dis “nous”, en parlant des Neuvrines. C’est vrai que je me sens un peu d’ici. Un peu trop, même.
— Qu’est-ce que tu fais, Mamie ? Tu veux que je t’aide ?
Ma grand mère détache les bougies, toujours allumées et se penche. Les ombres des rochers s’allongent, se rétrécissent, deviennent des longues côtes noires très découpées. On dirait presque l’ombre de l’océan qui revient enfin jusqu’ici.
Mamie Norine me montre une anfractuosité où elle a déposé les sept lumières, sans les éteindre. Puis elle leur adresse un sourire radieux.
— Voilà, bientôt, les journaux parleront de ce qu’ils ne connaissent pas, comme toujours... ils parlent de moi tous les ans sans le savoir. Et aussi du petit papier que je dépose toujours, bien en évidence...
Le papier en question, elle le sort de sa poche et le place au pied des bougies.

Dessus, des lettres découpées dans des journaux forment la phrase “Anthony Servais est innocent”. C’est un peu comme une lettre anonyme à l’envers, pour dire du bien de quelqu’un.
Sous les sept flammes, les lettres semblent bouger.
— Protège-la, Noël Protège celle que tu ne connais pas encore... Protège Saranya.
— Qui ça ? Quel drôle de nom. C’est, heu.. une déesse de la forêt ?
— Encore plus dangereux. Une fille. Tu vas bientôt la rencontrer.
— Ah, encore elle ?
Je crois que je sais de qui parle Mamie Norine. Toujours elle, partout, dans leurs pensées, à Virginie, à Mamie Norine, à tout le monde. Même à moi.

— Mamie Norine... pourquoi on a laissé l’affiche de Marina Crystal dans la salle des Trois Branches, depuis tout ce temps ?
— Parce que les chansons de cette pauvre jeune fille ont servi d’incantations malgré elle... il faut attendre qu’elle comprenne tout, car elle seule pourra défaire le sort, en chantant à nouveau. Allez, viens, on rentre.
Moi qui voulait revenir à un sujet plus normal, j’ai raté mon coup. Mamie Norine fait danser le chandelier comme si les flammes se trémoussaient rêveusement sur une chanson de Marina Crystal.


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ah me revoila!!!
je vais lire ça orfélin , merci Ile de ton passage, allez! je vais m'y mettre aussi.
L\'auberge, parce que nous le valons bien

Tu peux effacer si tu veux, chère, c'est juste un chapitre de mon avant-avant dernier roman écrit; pour dire que je participe, je suis reconnaissant à l'auberge parce que je lui dois un roman entier que je viens d'écrire, ce n'est pas rien :)
L'auberge, what else ?
isa

voui j'aime bieng l'auberge aussi, c'est calme (pas comme facebook qui me donne encore plus mal à la tête que les cours de planétologie, qui vont pourtant à deux années lumière à l'heure, au moins...)
isa

Les cours de planétologie, c'est vraiment très rigolo, le contraire absolu de 'fratres'...

D'abord, quand on entre, y a pas de prof, tous les étudiants vont et viennent, en petits groupes, les filles se font la bise, Sylvie a encore passé la nuit dehors et baille à se décrocher la mâchoire, les fans d'escalade oscillent lentement sur eux-mêmes en attendant qu'on les dirige, tellement ils sont crevés, et la dernière discussion en cours, c'est comment trouver cette putain de carrière de poudingues niçoise pour trouver un putain de fossile pour le putain de TP de paléontologie de la rentrée des vacances.

Puis tout à coup, on se rend compte qu'il y a un étudiant en trop, et que c'est lui le prof. Flavien. On le devine parce qu'il est en train de démonter entièrement le vidéoprojecteur, qui comme d'habitude, ne fonctionne pas, en une pile de pièces détachées sur le bureau. Flavien, c'est un mélange de Don Quichotte et de Gaston Lagaffe qui aurait des grandes boucles blondes et des lunettes astronomiques sur le nez... ça tombe bien parce qu'il est astronome et planétologue, et croyez-moi, il ne peut pas passer pour quelque chose d'autre.
Je me dis que c’est sûrement un chercheur, personne ne pourrait être prof à cette allure, normalement, c’est interdit par la loi, il risquerait la sévère amende, là...


Prendre des notes à son cours relève d’une technique spéciale, dite « à l’allemande », c’est-à-dire que, en s’entraînant quelques heures par jour, on arrive à prendre deux lettres de chaque mot, à peu près. Les phrases ça donne :

Te-lu pr sys pl doub glo pla sè ; lu me vi rot rés mêm fa 58% vis fa cach

Parfois, les boucles blondes s’extraient du tableau et nous fixent gentiment : « vous avez compris ? »
Le point d’interrogation est en option, EVIDEMMENT on a compris, comment ne pourrait-on pas comprendre ces choses si éminemment évidentes pour tous, comme les résultantes des forces s’exerçant sur les corps planétaires. Hein ?
Un timide « oui » en réponse, au fond de la salle....

« Ah !! c’est cool ! » et plouf, il repart dans la course effrénée.

Quand il a réussi à nous démontrer (« c’est très facile, vous allez voir ») sa fameuse montagne maximale sur terre qui, si elle est plus lourde, s’enfoncerait dans le sol, on sent qu’il est dans les étoiles, que c’est sa joie, sa lumière, son extase, son trip.

Parfois, il s’arrête tout bonnement, complètement, hop, plus rien. On dirait que quelqu’un l’a débranché. Il est complètement immobile, dans une contemplation infinie du tableau, et si j’avais le temps, je me demanderais ce à quoi il est juste en train de penser si profondément, là… But I know better. J’en profite pour sauter sur mes notes, et remplir les trous :

« la terre et la lune sont pratiquement un système double de planètes. La proportion de H2O est… »

Trop tard. Flavien est reparti, et il est déjà dans le système des marées, si je n’écoute pas je suis morte.

Bizarrement, je sors de l’amphi comme régénérée. Reconnaissante, qu’il y ait tout simplement des êtres comme cela dans le monde, et que l’un d’entre ces kodamas de la science vienne juste de croiser mon chemin en courant.



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Elle cherchait partout, tout le temps. Son livre, elle s’en souvenait, avec le signet à la page 108, elle l’avait encore vu ce matin, mais où ? Son écharpe violette, si douce et chaude, déposée elle ne sait où en rentrant de l’école. Ses marqueurs fluo, son sac de sports.

Elle allait de pièce en pièce, demandait à chacun « Avez-vous vu mon cahier, ma flûte ? »

C’était héréditaire, elle le savait, déjà sa mère égarait ses clefs, ses cartes de banque, le chargeur de son mobile, sa grand-mère déposait ses lunettes ou son appareil photo n’importe où, retournait chez elle sans son pull.
D’ailleurs, n’avait-elle pas éclaté de rire l’autre jour en voyant que sa mère portait des chaussettes dépareillées ? La couleur était semblable, juste le dessin un peu différent…Les adultes présents n’avaient rien remarqué.

Ce jour là, le ciel était moins voilé que d’habitude, il restait encore un peu de neige sur les accotements ou dans les prés, elle avait vu poindre les perce-neige dans le jardin, elle se sentait respirer, enfin… L’hiver était si long et sombre !

Dans la maison voisine quelqu’un jouait du violoncelle. Elle prit sa flûte, ouvrit la porte menant au jardin, et ébaucha quelques notes encore malhabiles. Le violoncelle s’arrêta.

Elle hésita, puis joua timidement un petit morceau qu’elle maîtrisait mieux.

Le violoncelle, après quelques minutes, reprit cet air et c’était comme un ciel d’hiver qui s’évanouit, cette amplitude, cette gravité, cette douceur, et ces petites notes limpides de la flûte qui l’accompagnaient…

Elle s’arrêta. A la fenêtre d’en face, elle vit une ombre qui lui faisait un grand signe de la main.

Elle rentra en courant, déposa sa flûte doucement dans son étui, et dit à sa mère : « Maman, tu sais quoi, le printemps revient ! »


Dernière modification le 13-02-2010 à 15:04:17
Mahatma Bandit

[/mode squattage de sujet de Flo ON]

"Kodama de la science" !!! Oh, je me la garde bien au chaud, celle-là ! Elle va me faire tout l'hiver.
On dirait que Messire Flavien fait partie de ces gens assez fascinants, qui fonctionnent sur un autre plan qui serait le carré ou le cube du notre et redescendent parmi nous pour tenter de traduire pour nous ce qui est à leur yeux évidence, mais que nous, nous devons conquérir pouce de terre par pouce de terre :)

[mode squattage de sujet de Flo OFF/]
Mahatma Bandit

Lady Christiane a ouvert les aubes-stylitées. Je ne puis donc que relever le défi proposé par Sa Flamboyance Floresque, qui nous guide tous céans, et reviendrai en ces lieux avec un texte qui réponde à sa consigne fluide mais ferme, discrète mais appelante.
isa

Non, non, messire Flavien ne fonctionne pas du tout sur un autre plan, c'est un mec très gentil et très simple, une bouille super sympa. C'est juste qu'on le sent en contemplation sans fin devant les mystères de l'univers, c'est très touchant.


ah, Christiane, magnifique, ta résonance entre flûte et violoncelle !

ré fl/cell super
Mahatma Bandit

Ah ah non mais je me suis mal exprimé, quand je dis "autre plan" je veux dire "le plan plus proche", celui qu'on oublie parce c'est le plan qui fait peur. Le vrai plan, pas celui ni au-dessus, ni en-dessous, ni à droite, ni à gauche. Parce que de s'interroger sur les mystères de l'univers, de chercher sans cesse et d'avoir envie de transmettre tout ça, c'est l'état normal. Ton Flavien est quelqu'un de normal, c'est bien là ce qui fait son extrème différence
Mahatma Bandit

En plus, il me semble discerner que Lady Christiane nous livre, nous distille de temps en temps, pièce par pièce, les éléments d'un même puzzle, dispersé dans les saisons, mais dont on peut pressentir qu'il y a une unité derrière, je le remarque et j'aime ça, mais chutt.
isa

Mouais, on peut toujours se dire ça, en insistant, oui, les gens comme ça sont les gens normaux, voilà. On peut essayer de s'en convaincre. Le problème, c'est que ce n'est pas vrai, et qu'ils sont à peu près aussi rares, et aussi ignorés, et aussi importants, et aussi bien payés, que des particules de poussière de quartz sur l'océan.
Mahatma Bandit

On peut aussi se suicider directement, quand on prend conscience de l'ampleur et de la profondeur de l'injustice du monde.
Mes groupes P.A.L de mon atelier de cette année, vivent leurs derniers feux. Le programme d'aide à la lecture n'existera plus à la rentrée prochaine, j'accompagne le tout dernier, ça existait depuis 20 ans, il n'y en aura plus l'année prochaine.
On fait quoi ? On se flingue ? On arrête tout ? Ou on se dit qu'on va trouver quelque chose, qu'on va continuer à creuser ce putain de tunnel avec ce qu'on pourra ?
isa

Non, on peut simplement traverser le sombre tunnel qui consiste à réaliser que la normalité, c'est l'argent la poudre aux yeux la superficialité la course au pouvoir le s'écouter parler l'écraser les autres pour avancer. Et que nous-même, par une drôle de circonstance, on est inapte, donc différent, donc rejeté.

Puis, traversé le tunnel, eh bien on continue tout simplement parce qu'on est là pour ça et qu'on ne se changera pas de toute façon.

Mais pour ma part, je ne traverserai pas le tunnel en me disant que c'est une avenue bordée de fleurs. Je traverserai le tunnel en me disant que c'est un tunnel.
Mahatma Bandit

Peu importe ce que tu te dis, et peu importe ce que je me dis (qui n'a rien à voir avec des fleurs) l'important, c'est de le traverser.
isa

Oui ! disons que ça m'aide plus, personnellement, de laisser passer pleinement le tunnel à travers moi avec tout ce qu'il y a de triste dedans, et de m'immerger dans tout cela. Je ressors plus facilement...

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Moi je pense sortir un peu du tunnel hivernal en vous retrouvant! Il manque Lise!
Merci Isa, mais mon texte est un textounet comme dit Flo dans une de ses interventions plus haut. Je n'ai découvert le nouveau jeu qu'aujourd'hui. J'aime beaucoup ton prof lunaire.
Je suis plutôt clocharde que Lady, Monseigneur Orfélin. Et s'il y a un puzzle, je n'en sais rien moi-même,c'est inconscient sans doute. Il manque beaucoup de pièces dans mon cerveau et j'essaie de pallier cela par l'imagination et la fantaisie...En tout cas, j'aime beaucoup ton humour.
Le tunnel, cela me fait penser à un poème de Guy Goffette, je le connais par coeur, mais je le retranscrirai demain, pour être sûre de ne rien oublier. Extrêmement bien écrit, traduisant l'angoisse et l'incertitude qui nous traversent.
Comment peut-on arrêter un programme d'aide à la lecture? Et ne trouve-t-on pas des bénévoles comme ici, où on appelle cela "l'école des devoirs", qui vont aider les enfants en difficulté, après l'école?
N'oubliez pas, le printemps revient dans un peu plus d'un mois, le moral sera plus ensoleillé...
isa

chère Christiane, heureusement, le moral ne dépend pas de l'ambiance actuelle dans la société française, donc ça ira.

Pourquoi l'arrêt des PAL? ben ça fait partie de tout le reste, et en particulier de la suppression de 40 000 postes, enseignants et assistants d'éducation, effective cette année. Et les documentalistes qui organisent les PAL font partie de la charrette, eux ou leurs crédits de fonctionnement. Avec les enseignants spécialisés, les stagiaires, les surveillants, les structures de formation comme les IUFM etc.
Il n'y a plus grand-chose à faire pour ça, sinon voter en 2012 pour nettoyer toute cette fange, mais là encore peu d'espoir. Ma mère, par exemple, étant pourtant victime à plusieurs niveaux de ces choix politiques, continue à envisager de voter à droite, parce que la gauche c'est le diable.

Un réconfort quand même : les profits inégalés, même par Total, du labo Sanofi aventis (vaccins grippe A).. qui vient par la même occasion d'annoncer un plan de restructuration, c'est-à-dire que, malgré ou à cause de leurs profits de 2009, ils vont foutre plein de gens à la porte. et donc gagner plus (et travailler moins? .
Mais on n'a même plus besoin de construire une société totalitaire, elle se construit toute seule. Ko Siu Lan vient d'être censurée par les Beaux-Arts dans une expo à Paris parce qu'elle jouait sur les quatre mots "travailler, gagner, plus, moins". Même plus la peine que Sarkozy se déplace jusqu'à son téléphone, on le fait pour lui.

Et oui, je sais, ce n'est qu'une poussière ( ) et ça passera, comme tout le reste...



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On a beau nettoyer, il n'a rien de plus récidiviste que la poussière.
On est bien obligé de se faire une raison. A contre-coeur, bien sûr. Car tout cela est décourageant, mais la politique(dont je ne m'occupe pas) n'est-ce pas cela? Donner de l'espoir, ne pas tenir les promesses. Ceci devrait rentrer dans la rubrique de Florence dont j'ai oublié le nom, attends je vais voir...

Dernière modification le 13-02-2010 à 19:15:14

Dernière modification le 13-02-2010 à 19:15:31

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Voilà :" Sorti des marges".

Je vais d'ailleurs y retranscrire le poème de Guy Goffette, extrait d'"un manteau de fortune".

Bon samedi et merci pour les explications. Quand nous retournons chez notre fils aîné en Bourgogne, à l'occasion souvent d'un baptême, les conversations reviennent chaque fois sur l'appellation des études, leur durée, en comparant la France et la Belgique. Je crois qu'on oublie tous d'une fois à l'autre. Il faudrait avoir un lexique.

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aaarghhh!!!

je m'absente 32 heure set vous écrivez tellement que je vais deovir prendre 32 heure spour vous lire!!

génial!

je suis désolée mais les "aventures amygdaliennnes" de la princesse marie de la louve qui le vaut bien, m'ont bouffé mes soirées et nuits depuis mercredi et les journées, ben elle sont trois.

*

J'ai déjà lu le compte-rendu de planétologie ( ou quelque chose comme ça) et j'adore cette scène croquée sous ta plume chère isa et le flavien ( quel nom!) aux boucles blondes...

*
Cricri, je sens poindre une critique de ta chère fille, je vois que as volé quelques fragments de nos scènes familiales notamment celle où je me promène en chaussettes dépareillées... Qu'on se le dises, si tu dois écrire aussi bien, alors je continuerai mes lubie tournesolienne...

*

Je relis tout en remontant, et je donne mon avis sur cet extrait de roman de stél, dès que je n'ai plus Auréanne qui me susurre avec insistance : "je voudrais que tu fais le dîner maintenant!!!! maman t'as entendu???"

a plus tard dans la journée donc. Et Lise?

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Bon Auréanne m'a lâché cinq minutes et j'ai pu lire ton chapitre!!
merci de ce partage, alors, ça donne réellement très envie d'ens avoir davantage. On reconnaît ta patte, ton rythme, ton univers et ça fait fichtrement du bien!

merci de l'offrande !

c'est lequel de roman qui est né ici encore???

Je suis là, je vous dévore à grandes bouchées mais je ne peux pas - je me refuse - à avaler sans macher, donc, je repars au point zéro (tornade!) et je vous relis, et relis.
Flo, je n'ai pas le son, donc je t'écris sur le theme donné, mais version "sourde"

Ca va si mal que ça, en France, Isa ? j'ai la chair de poule à vous lire, Mahamat et toi.

Merci Christiane, pour l'annonce de ce nouveau jeu et pour t'enfin retrouver.

Sorry, j'ai oublié d'inscrire mon nom dans l'en tête du message précédent
Mahatmat Bandit

Flo : l'année dernière tu as initié un jeu d'écriture. J'y ai participé, par une nouvelle se passant sous l'occupation. Début janvier de cette année, j'ai décidé de me baser (librement) sur cette nouvelle pour écrire un roman complet. Donc, j'ai écrit le roman grâce à ton jeu d'écriture.

Lise, bonjour : C'est à dire qu'on coupe, entre autres, dans ce genre de programmes, on tend à "fermer" l'école à l'extérieur. Pour économies, dit-on, mais étrangement, quand il s'agit d'autres secteurs (bancaires, pharmaceutiques et divers lobbys), ah soudain, là, les fonds ne manquent pas et coulent à torrents... de quoi financer l'équivalent d'un bon millier de Programme d'Aide à la Lecture. D'où la colère d'Isa et, globalement, celle de toutes celles et toutes ceux qui se cassent la nénette à transmettre des connaissances, monter des projets, etc... le plus souvent, effectivement, pour une rétribution dérisoire.
Chercher l'erreur ? Il n'y a pas d'erreur. C'est plus global, ça s'inscrit dans une démarche générale de "fermer" la société française dans son ensemble, de couper sa vascularisation en plusieurs endroits, et finalement, si on va au bout, de tendre à ce qu'elle ne soit plus "une société" mais un conglomérat d'intérêts particuliers. Et, toute idéologie et appartenance politique mise à part, (des gens de gauche te diront cela, mais des gaullistes ou des démocrates-chrétiens ou de simples personnes de bon sens, te diront exactement la même chose), dans une telle reconfiguration, la société, dans ce qu'elle est "une société", n'a tout simplement pas d'avenir, hum, en fait elle n'a même pas de présent.



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