fleur de lune

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Fleur de lune

Une nuit, la lune se vit dans un étang, et elle se trouva belle.
Un nuage passa, son image disparut, elle se crut perdue. Puis le vent se fit plus fort et agita l?eau de l?étang en petites vagues qui ridèrent son visage. Fripée, elle se crut vieille, et fut prise de désespoir, car, se dit-elle, si je vieillis et si je meurs, qui éclairera le monde la nuit ? Et elle se mit à pleurer.
Elle n?avait jamais pleuré, elle avait une énorme réserve de larmes, qui jaillirent et tombèrent sur le sol en gouttes d?or pâle, dans cette région de la terre qu?elle illuminait ce soir là.
Le matin, les hommes, les femmes, les enfants, qui passaient sur les chemins de campagne ou grimpaient sur les collines, purent voir des milliers de fleurs très belles, qui avaient poussé subitement, dont on ne connaissait ni le nom, ni la provenance, et qui gardaient fermés leurs pétales. Ils étaient éblouis, mais aussi un peu effrayés. Pouvait-on toucher ces fleurs, n?étaient-elles pas vénéneuses ?
Les savants, alertés, les étudièrent dans des laboratoires très spécialisés. Etamines, pistils, sépales, pétales, feuilles, tiges et même racines, tout fut inspecté, disséqué, séché, mis dans des fioles où d?étranges liquides leur donnaient un aspect saugrenu.
Ils consultèrent d?anciens livres de botanique, espérant trouver un indice, une planche descriptive, un détail qui put les mettre sur la voie?
Ils n?obtinrent aucune réponse. Les fleurs gardaient leur mystère.
Le jour, elles fermaient leur calice pour le rouvrir la nuit, par quart, par moitié, ou trois quarts ou tout entier offert à la lune. Les nuits où celle-ci se faisait ronde, les fleurs diffusaient une lumière très douce, apaisante, un peu comme les lucioles qui vont, viennent et si vite s?éteignent.
Tous les papillons nocturnes s?en approchaient et se posaient délicatement sur leurs pétales.
***
La nuit où la lune pleura, un enfant, petit Pierrot rêveur, l?observait avec un télescope, car il aimait les astres qui perlent dans l?obscurité et l?accompagnaient dans son sommeil.
Cette nuit là, donc, il vit la lune secouée de sanglots, et ses larmes tomber sur la terre. Et quelque unes germèrent dans un coin de son jardin, non loin d?un tournesol. Les contraires s?attirent, dit-on?
Les autres fleurs se fanèrent, emportées par le vent et les averses, très fréquentes dans cette région, et surtout brûlées par le soleil.
Les gens n?avaient pas compris qu?elles n?aimaient pas le jour.
L?enfant, qui savait, fabriqua un auvent, avec des roseaux, des feuilles d?acanthe, des brindilles diverses qu?il renouvelait régulièrement. A chaque printemps, les fleurs revenaient à la vie.
L?enfant grandit. Lorsqu?il fut adulte, il raconta à un poète itinérant ce secret qu?il avait gardé si longtemps. Ce dernier le colporta de hameaux en villages, de villes en pays. Mais jamais personne ne découvrit les fleurs. On crut que le poète ne disait pas la vérité.
Et moi qui vous raconte ceci, comment puis-je le savoir, me direz-vous ? un secret, c?est un secret?
Peut-être l?ai-je deviné ? Ou inventé ?
Peut-être ai-je des affinités avec la lune ?
Peut-être aussi l?ai-je entendu raconter par la pluie, ou par les nuages, ou par les étoiles?et ainsi de suite, aussi loin qu?on puisse remonter.
Jusqu?à la lune ?
Peut-être?
Mais ces fleurs, si elles existent vraiment, où sont-elles, me demanderez-vous ? Cela aussi c?est un secret. Je le partage avec la lune, toujours aussi belle certaines nuits où elle se mire dans l?étang proche, et lorsque son reflet s?y plisse, au passage du vent, moi je sais qu?elle rit. Car depuis le temps, elle a compris qu?elle est immortelle !

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Ecrit il y a quelques années, j'ai modifié la fin.
Ce qui est très curieux, c'est que j'ai écrit cela au moment où Flo et Stéphane écrivaient en commun une nouvelle sur le ou la "tournelune" , tout à fait différente, évidemment, et heureusement!













Mahatma Bandit

Oooh la route des tournelunes !!
Ça nous mène à heu 2000 je crois, vers le printemps il me semble, avant Bush en tout cas.
Je dois encore l'avoir heu... quelque part

J'adore tes phases de fleur et le reste, en fermant les yeux, je pourrais entendre une voix me le lire, sauf que ce ne serait pas pratique parce que je ne verrais plus le texte
Ton texte, tu devrais trouver quelqu'un pour l'illustrer, par exemple, tu le divise en 16 + 16 illustrations (pour avoir 16 doubles pages, un album 32 pages).
On dit que les enfants n'aiment pas les fins ouvertes mais ta manière de le dire-écrire, je pense, passe bien.

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Je reprends,j'ai écrit un texte pour te remercier de ton attention gentille et je l'ai mal posté. Il me semble qu'il devrait dater de plus tard, Marie-Louve devait avoir deux ou trois ans, elle est née en 2001. Disons 2003 pour le texte?Il faudrait demander à Flo.
En tout cas merci pour le regard attentif et le commentaire! Pour les dessins, je suis assez nulle,par contre Flo qui et bonne en bcp de domaines aurait pu en faire quelque chose lorsqu'elle était plus libre.Mais elle n'a pas de temps pour elle et ses textes méritent plus de soins que mes ébauches! Je n'en suis pas là, j'aime les mots,la pleine lune me rend insomniaque, et je n'ai pas de desseins...
Merci à toi!
Mahatma Bandit

Si si, après un peu d'archéologie , je viens de retrouver mon fichier, il est daté du mercredi 26 juillet 2000, 10 h 31 :)

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Ah Bravo! J'espère que cela ne nuit pas à nos textes?

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Je voulais dire, le fait que le texte date d'aussi longtemps...
Mahatma Bandit

J'ai beau retourner ton message dans tous les sens, il va falloir que j'avoue la vérité... je ne comprends pas ta question

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Désolée! Le fait que mon texte date de 2000 fait qu'il est peut-être dépassé. Donc "poster" un texte après tout ce temps peut-il nuire au texte? Le rendre suranné? Ou bien reste-t-il intemporel? (Toutes proportions gardées, je ne veux pas que Baudelaire ou Verlaine se retournent dans leurs tombes). C'était aussi en référence à ce que tu disais, l'évolution de l'écriture, le remaniement de textes écrits il y a plusieurs années, et que l'on écrirait autrement. Voilà, j'espère que c'est plus clair.
Mahatma Bandit

Ha pardon, c'est moi qui n'avait rien compris ! C'est la route des tournelunes dont je parlais, qui datait du 26 juillet 2000.
Pour ta question, non je ne vois pas en quoi ça pourrait "nuire au texte".Si tu ne "te reconnais plus" tout à fait dans le texte, tu peux toujours le réécrire en partie, c'est ce que je fais avec certains passages de mes anciennes nouvelles, tout en gardant le fond et la majorité du texte.
Les deux attitudes qui diraient soit 'mon texte est immuable" soit "c'est ancien, donc c'est à jater", me paraissent toutes deux un peu extrémistes.
En imprégnant l'ancien de nouveau, à la fois tu ne mets pas tes anciens écrits à la poubelle sous prétexte qu'ils sont anciens, et, avec les corrections, tu témoignes de ton évolution.
Personnellement, je trouve ça assez sympa de mélanger comme ça écriture passée et présente dans le mêmel texte, c'est un peu comme un enfant qui grandit tout en restant qui il est.

Ah, et autre chose, ton texte m'a donné envie de me prendre justement une... fleur de lune (un lis de la paix comme on dit aussi) alors merci à toi ^^
(déjà qu'une de mes plantes m'a donné l'idée de mon poème-papyrus l'autre fois, comme quoi des fois, faut pas chercher loin :)

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faut pas chercher loin, faut pas chercher loin !! mais faut avoir l'oreille fine, hein, pour entendre le murmure de la lune, le soupir des plantes. Et savoir traduire en langage humain le ronron du chat. :c9:

Christiane, on va l'illustrer, tu veux ? j'aime beaucoup ce conte. J'y entrevois le coeur d'une grand mère tendre, je me trompe ?
CC

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Contente de m'être fait comprendre, j'ai souvent des difficultés à faire passer mes idées.
Tu es un sage!
C'est tout à fait vrai que parfois, en relisant un texte, je m'étonne de l'avoir écrit, je le trouve mièvre, ou inachevé, ou en suspends...D'autres fois, je n'y changerais rien et ce qui est curieux et peut sembler incompréhensible à beaucoup parce que dépassés peut-être, certains poèmes disons dans la veine académique de mes années de rhétorique et poésie,, je n'ai pas envie d'en changer un vers. Peut-être la nostalgie, ou la musicalité différente.

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Lise, tu sais je suis une grand-mère aimante, mais rien n'est facile. Je me sens plus "veilleuse" que "tendre"
Et si je me réfère aux recherches "archéologiques" de Mahatma, je n'étais pas encore grand-mère lorsque je l'ai écrit.
Merci de t'y intéresser, au fond, c'est un de mes premiers textes avant les contes, sauf Hilaire, (Ame de fond) qui date des années d'Université de Flo, lorsqu'elle "égarait" tout...

Dernière modification le 22-05-2009 à 15:06:02

Derni?re modification le 22-05-2009 ? 15:06:09
isa

Bonjour, Christiane, ta manière d'écrire les images me fait penser à ce merveilleux auteur niçois, Le Clézio. J'aime beaucoup ce genre qui se rapproche du conte, très très beau...
et le parallèle avec les textes à deux voix Steph/Flo est très pertinent, c'est intéressant de comparer, je suis retournée sur l'âme de fond pour relire la Route des Tournelunes, que j'avais lue alors sur ecrits-vains, je crois...

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Et tu sais, lorsque j'ai écrit cela, j'en ai parlé à Flo, et c'est elle qui m'a dit qu'elle écrivait à ce moment avec Stéphane sur un sujet proche, on ne s'était pas concertées du tout, donc il n'y a aucune recherche de travail à distance en commun on non.
J'aime beaucoup Le Clézio, mais là, non, c'est impossible, quel écrivain! J'adore son style!
Merci pour ton appréciation, précieuse!
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