Roi
Mahatma Bandit


Toujours dans l'écriture de ce fameux recueil et dans l'envie de partager des textes, celui-ci, fini à l'instant. On change complètement d'univers.

**********

Eva fait craquer des branches en passant, mais pas comme un animal, comme quelqu'un qui fait exprès et ça gâche tout.
- Apolline, tu es où ? Oh my God, tu n'es plus sur notre planète !
- Je pensais à quelque chose...
Juste à l'endroit où j'ai vu le cerf l'autre jour, elle me tire par le bras, alors que j'étais juste en train d'y repenser. Elle insiste :
- A quoi tu pensais ? À quelque chose qui nous est arrivé ?
Eva a le chic pour interrompre les meilleurs souvenirs. C'est parce qu'elle ne supporte pas de ne pas y être.
- Non, à rien, laisse tomber...
Il y a une odeur qui monte, une odeur de terre mouillée, de fougère et de quelque chose qui n'a pas de nom, le genre d'odeur qui fait dire à Eva "ça pue" et que moi, j'adore. Exactement la même odeur que l'autre jour, un peu avant que je rencontre Roi.
- Mais, Apolline !
- Tais toi et respire...

C'était magique. Il y avait un rayon de lumière et j'étais toute seule, la mère de Daphné était venue la chercher en voiture. Elle m'avait proposé de me prendre avec elle, mais je n'ai pas voulu. Je crois que je sentais quelque chose m'appeler.
C'était magique, Eva, et c'est rien qu'à moi. Si je te parle de Roi, tu vas ramener ici la moitié de la classe en même temps et tu vas le faire sauver, s'enfoncer de plus en plus profond, et je ne le reverrai jamais. En plus, je l'aurai trahi.

J'ai rencontré Roi au croisement des chemins d'Ouvraie et de la Mare aux Lunes. Il était couché tranquillement. C'était un vrai cerf, pas un daguet. J'ai compté, il avait quatorze cors à ses bois.On aurait dit qu'il attendait quelqu'un, mais sans s'inquiéter. Il avait des grandes oreilles très écartées, c'était la seule partie de lui qui bougeait, ça lui donnait l'air d'écouter quelque chose. De temps en temps, des petits frissons qui couraient sous sa robe fauve rousse.
Je ne savais pas ce que je devais faire. Je me suis accroupie, de l'autre côté du carrefour. Tant pis pour mon jean, c'était vraiment une grande occasion. Lui, il n'a pas bougé, pas fait mine de s'en aller, et moi, j'ai essayé de ne pas sauter en l'air même si je me sentais dans tous les sens. Je ne lui ai pas fait "coucou le cerf", il n'était pas le genre à qui on fait coucou, à qui on demande de rapporter la balle, à qui on fait crouch-crouch derrière les oreilles. Plutôt le genre roi de la forêt qui vient visiter ses sujets. C'est pour ça que dans ma tête, je l'ai appelé Roi.

C'était dur de retenir sa respiration mais j'y suis arrivée, je suis arrivée à me faire aussi lente qu'une plante et j'ai même tellement bien réussi qu'il y a une partie de moi qui est restée dans le bois de Sans-Pareil, qui n'en est jamais revenue. Je crois que quand je suis partie, Roi est venu renifler ma trace, qu'il a hoché la tête et s'est couché dedans. Je ne suis pas sûre, je crois seulement.
Ou j'ai envie qu'il l'ait fait.

- Oh my God, mais dépêchons nous !
- Aïe, mais merde, arrête de me tirer le bras comme ça !
J'étais repartie dans mes pensées et ça a énervé Eva.
Elle ne s'excuse pas, elle me reprend le bras et elle insiste :
- Attends, Apolline, je t'explique pourquoi on est là, au cas où tu aurais oublié. On a rendez-vous avec Daphné pour la course.
Elle met bien la majuscule en parlant parce qu'elle sait que ça me dégoûte son histoire de course.
- Toi, tu fais ta course si tu veux. Moi, je ne la fais pas.
- Tu dis ça pour te rassurer. Mais le destin est déjà en marche...
Je hausse les épaules. Elle se croit vraiment dans un film.
Eva me fixe avec ses yeux trop maquillés. Elle sait que ça me fait de l'effet, que ça me fascine. Pas de la même manière que Roi. Lui, il me donne envie de m'approcher de lui. Elle, elle me donne envie de m'écarter d'un mètre. Mais c'est peut-être un genre d'attirance quand même.
Eva, j'ai envie de la nettoyer, de passer un coton sur son visage, j'ai envie de la mettre sous une chute d'eau pour voir son vrai regard quand elle sortirait. Je suis sûre qu'elle serait très jolie, au naturel. En plus, sans son maquillage, elle oublierait peut-être son idée stupide de course.

Sur le chemin de la Mare aux Lunes, je lui répète :
- Je n'ai pas envie de le faire. Et, je te préviens, Daphné aussi va trouver ça débile.
- Tu as peur de ton ombre, c'est tout. Tu as peur de courir dans le bois. Peur de tomber et de rentrer en pleurant chez ta mère. Ooh, pauvre petite Apollinounette ! Tu t'appelles Apeurline ! Oh, my god !
Elle dit toujours "oh my god". Elle doit penser que ça fait fashion, genre mannequin qui défile avec un sourire de poupée froide. Une poupée avec laquelle on ne joue jamais.
Je lui réponds juste :
- Mais ta gueule ! Fais pas chier, quoi merde !
Ce n'est pas fashion, mais ça tombe bien, je ne suis pas fashion pour un sou.
Tu parles. Le bois de Sans-Pareil, je le connais par coeur, je pourrais le traverser les yeux fermés sans accrocher une seule branche. Mais avec Eva, c'est comme si on se promenait à l'envers du bois, sous la terre. Sa course, dans la forêt normale, je la gagne à l'aise, je finis vingt mètres devant elle et je la ramasse à la petite cuiller, tellement elle sera essoufflée.
Dans la forêt d'Eva, je ne sais pas. Je ne sais pas si je gagnerais contre son maquillage, sa poitrine et ses "oh my God".
Elle enfonce le clou.
- Et surtout, Apeurline, tu as peur de perdre.
Comme c'est peut-être un peu vrai, c'est encore plus énervant.

On arrive vers la fin du chemin de la Mare aux Lunes. Je me sens seule, je sens qu'elle aussi, même si on marche côte à côte. J'aimerais voir Roi, j'aimerais lui présenter Eva. Peut-être qu'il l'aimerait bien elle aussi, après tout.
Elle est un peu embêtée, elle me regarde sans me regarder, juste avec le côté d'un oeil. Elle doit avoir peur qu'après ce qu'elle vient de me dire, je ne veuille plus jamais être son amie. Justement, je suis en train d'y réfléchir. Dans ma tête, je mets notre amitié sur une branche d'arbre et je fais passer Roi dessous. Si le grand cerf casse la branche, c'est fini. S'il la laisse intacte, je passe l'éponge.
Comme toujours, Eva interrompt mes pensées.
- Tu sais, Apolline...
- Quoi ?
- Je pense que tu as seulement un peu peur, mais que tu es aussi assez courageuse, tu vois.
- ...
- Je pense que tu es même plus courageuse que peureuse, en fait.
- ...
- Bon, pour te dire vraiment ce que je pense, je crois que tu es complètement courageuse, sauf peut-être dans des cas graves et exceptionnels !
Sa voix a tremblé. Elle tient vraiment à moi. Je crois que Roi serait d'accord, avec l'air noble qu'il a, il serait d'accord pour que lui pardonne.
Je fais un saut de côté, mais cette fois vers elle, et je lui plante un bisou sur sa joue droite. Ça a le goût de fond de teint, mais je m'en fous, j'ai chaud au coeur.
Eva soupire.
- Oh my God, ne me dis pas que tu préfères les filles !
Elle ne changera jamais.

Moi, j'habite là depuis ma naissance, comme Daphné, mais Eva est arrivée de la ville depuis seulement un an et demi, depuis notre CM2. C'est fou comme elle est arrivée à devenir importante en si peu de temps, mais il y a aussi plein de bruits qui courent sur elle
Adrien m'a dit qu'il l'avait espionnée, et que quand elle croyait que personne ne la regardait, Eva avalait un stylo-plume entier, avec le capuchon plus une cartouche vide et qu'elle était capable d'aller aux toilettes deux heures après pour le faire ressortir par l'autre côté, avec une cartouche pleine,de la couleur d'encre qu'elle voulait, le stylo débouché, le tout prêt à écrire.
- Erk...
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Euh, non rien. Euh, avec quoi tu écris ? Je veux dire, en classe.
Eva pouffe de rire.
- Bah avec un stylo-bille, pourquoi ?
- Jamais avec un stylo-plume ?
- Non, sinon je me fais des taches partout.
Je sais qu'elle est sincère, Eva mourrait plutôt que d'abîmer ses belles affaires. Je pousse un soupir de soulagement, mais même sous la torture, je ne lui expliquerai jamais pourquoi.

- Daphnééé !
Au beau milieu de la clairière d'Audrange, Daphné nous attend tranquillement. Ça sent l'herbe mouillée, et ça sent aussi un peu le parfum du shampooing à la vanille de Daphné. De temps en temps, on se lave encore ensemble. On se dit bonjour avec les doigts, on se fait au moins trois signes de reconnaissance que nous sommes les seules au monde à connaître, elle et moi.
Eva fait la gueule.
- 'Lut.
- Ouais.
Daphné lui dit à peine bonjour.
Elle est la plus belle de nous trois et personne ne lui dispute la place. On s'entretue entre deuxièmes. Elle est celle que tout le monde aime, et elle n'en profite même pas. Elle est comme ça, c'est tout.
Et c'est pour Daphné qu'on est là, Eva et moi.

Daphné a un super joli petit ensemble fauve roux, presque exactement comme la robe de Roi. Ça lui va trop bien.
- Bon alors, tu veux quoi, Eva ? Pourquoi tu m'as demandée de vous attendre, Apolline et toi, au milieu de la clairière ?
Puis elle se tourne vers moi. Elle me demande sans parler et seulement avec les yeux "et toi, Liline, pourquoi tu rentres toujours dans son jeu ?". Je lui réponds avec les miens "C'est parce que j'ai toujours envie de lui faire plaisir, excuse moi Daphou, c'est un jeu, rien qu'un bête jeu."
Puis Daphné se tourne vers Eva.
- Alors, tu me réponds ? Sinon, moi je rentre.
La température vire au glaçon général en deux secondes. Daphné n'aime pas beaucoup Eva, et aime encore moins que je sois trop souvent avec elle. Normal, Daphné et moi, on a appris à marcher, à lire et à écrire ensemble.
Eva gonfle sa poitrine, histoire de bien nous enfoncer dans le crâne qu'elle, elle fait du 80B et nous seulement du 75 A, puis elle monte sur un talus. Elle m'énerve et pourtant, je n'arrive pas à me détacher d'elle.
- On va faire une course, Appoline et moi. D'ici à la Mare aux Lunes et retour.
- Ah. Ben, ça me fait plaisir de l'apprendre. Et moi, pourquoi je dois rester là à vous regarder ?
Tout d'un coup, j'ai envie de sauter sur Eva et de lui couvrir la bouche de ma main, parce que je déteste ce qu'elle va dire. Je baisse la tête.
- Parce que la gagnante de la course aura le droit d'être ta meilleure amie.
- Quoi ??
Daphné vire carrément au rouge écarlate, pendant une seconde j'ai l'impression qu'elle va me balancer une branche morte en pleine figure, et moi, j'ai envie de crever, de rentrer carrément dans la terre. Elle me crie :
- On est comme les deux doigts de la main et toi tu as besoin de faire une course avec elle pour savoir si tu es ma meilleure amie ?
- Non !
- ...
- Non, je te jure que non, Daphou !
Elle est vraiment en colère. Aux coins de ses yeux, il y a deux perles de glace.
- D'accord. Faites-là votre course.

Je me sens mal. J'ai des aiguilles froides partout dans le corps. Je savais que j'allais décevoir Daphné. J'ai même eu une envie bizarre de la décevoir, pour savoir si, après, elle serait toujours mon amie quand même.
Daphné a donné le départ, avec un air détaché, comme pour bien démontrer qu'elle s'en fout. On court comme des folles, Eva et moi, pas sur un chemin, mais à travers le bois. On est sur la même ligne, parfaitement parallèles, on se prend plein de petites branches sur la figure. Je cours mieux qu'elle mais elle a des plus longues jambes. Elle a une jupe mais moi j'ai des ballerines. Elle respire mieux que moi, parce que je suis encore sous le choc du regard de Daphné, mais j'ai plus d'endurance.
On file comme des fléches tirées par Daphné, on va aller le plus loin possible, puis on revenir vers elle et se planter dans son coeur.
Je ne fais plus la différence entre le bruit des branches qui griffent mes vêtements et même des fois ma peau et mon souffle qui est devenu bruyant. Eva, c'est pareil. En nous entendant souffler comme ça, j'ai l'impression d'entendre papa et maman, ensemble, quand ils croient que je dors et qu'ils font l'amour. Nous, on fait seulement la course, mais si on ferme les yeux, on s'y croirait.
Eva a à moitié déchiré sa jupe et moi j'ai craqué mon petit haut à l'épaule gauche. C'est clair, on va se faire chanter Ramona, toutes les deux, ce soir.

La Mare aux Lunes. On ne prend pas le temps de l'admirer, même si c'est là où notre maîtresse nous emmenait pour nous raconter des histoires, quand on était petites.
Parce qu'on est grandes, maintenant ?
Eva négocie mal son virage de demi-tour et tombe presque, elle se rattrape sur une main et repart aussi sec. Très joli rattrapage, je dois dire, mais moi, j'en ai profité pour aller devant. Ça commence à me brûler un peu dans les poumons, mais je ne peux pas ralentir, je sens Eva juste derrière moi, elle me souffle sur la nuque. Je manque de me prendre un arbre en pleine figure et pendant que je le contourne, Eva revient à ma hauteur et me devance même très légèrement. Sa jupe ne ressemble plus à rien. Moi, je sens le vent s'engouffrer au creux de mon aisselle par le trou que la branche a fait dans mon petit haut.
Je remonte peu à peu, je suis à sa hauteur, je vois son dos, puis son côté, puis son nez et ses yeux. Je vais la bouffer et atterrir directement dans les bras de Daphné, c'est ma meilleure amie, on a grandi ensemble, alors je vais gagner et puis c'est tout. Je vais la regagner. Elle est à moi.
Ça y est, je la vois, je vois son ensemble fauve roux qui ressort bien sur le vert de la clairière. J'ai la poitrine en feu et mon coeur va exploser, mais je suis bien devant Eva maintenant. J'arrive, Daphou, j'arrive tout de suite.
Soudain, Eva halète :
- Attention... la...hhh... racine devant...hhh... toi !
- C'est ça...hhh...très drôle...hhh...trouve ... hhh...autre chose pour...hhh...me faire perdre !...
Puis d'un coup, le monde change de sens, le ciel vient en bas et la terre en haut et je m'étale par terre.

Il n'y a plus rien. Si, l'odeur de la terre et une main qui me secoue. J'ai mal à la cheville droite. Je suis couchée. Je reprends mon souffle.
- Appoline, je t'en supplie, dis quelque chose !
J'entends Daphné crier à Eva.
- Pauvre conne, c'est ta faute ! C'était ton idée. Alors, si Liline meurt, c'est ta faute !
- Dis pas ça où je me tue aussi !
Eva pleure et ne répond plus rien, elle essaye d'enlever mon petit haut pour me faire un massage cardiaque. N'importe quoi. J'essaye d'ouvrir les yeux pour lui dire que ce n'est pas la peine, mais j'ai la tête qui tourne encore trop. Je murmure.
? Ça va, ça va !
Mais elles sont tellement occupées à se crier dessus qu'elles ne m'entendent pas.
Et là, je n'arrive pas à croire à ce que je sens. Du coup, j'oublie que j'ai mal. Ce n'est pas possible, Daphné ou Eva ne sont quand même pas en train d'essayer de me ranimer avec leurs langues ? ou bien je suis tombée en plein sur la tête et je suis devenue folle
J'arrive à dire, un peu plus fort :
- Hé mais arrêtez de me lécher, je vais bien, c'est bon, et en plus ça se fait pas !
Puis, j'arrive enfin à ouvrir les yeux. Ce n'est pas Daphné, ni Eva.

Cette fois, il est debout sur ses quatre pattes. Roi se penche sur moi et me lêche la figure. Il est très impressionnant mais très doux aussi. Je n'ai pas peur. Il baisse ses cors et c'est la première fois que je les vois d'aussi près. On dirait vraiment des petits arbres.
Daphné et Eva sont pétrifiées. Sans bouger, je leur dis :
- C'est Roi. C'est mon ami. Je l'ai déjà rencontré une fois. Merci Roi.
Puis :
- On gardera son existence rien que pour nous trois, je ne veux pas qu'il devienne une bête curieuse. Promis, les filles ?
Roi hoche la tête et je lui souris. Il me donne un petit coup de truffe sur le front et je sens son oreille claquer très doucement contre la mienne. Puis, il s'en va, sans se retourner.

Je suis accroupie. Je crois que je ne me suis pas fait trop de mal, mais je me suis quand même prise un sacré gadin. Mon petit haut et la jupe d'Eva ressemblent aux voiles d'un bateau hachées par la tempête.
- Ce que vous êtes connes, quand même...
Ça fait dix fois que Daphné nous le rappelle, mais elle nous prend la main à toutes les deux et on reste comme ça en extase, avec nos trois mains réunies. Maintenant qu'elle est redevenue plus chaleureuse, je me rends compte à quel point son visage est beau. Eva aussi est belle, maintenant que son maquillage a coulé. Même moi, je me trouve belle, c'est dire combien je me sens bien.
Daphné nous serre les mains avec la sienne et dit :
- On n'a qu'à oublier cette histoire de course et dire qu'on est les meilleures amies de Roi, toutes les trois, à égalité. On reviendra le voir, sans le dire à personne d'autre.

Et pendant que ma Daphou nous explique ses projets avec Roi, je regarde Eva du coin de l'oeil et je sais qu'elle pense exactement la même chose que moi.
C'est plutôt Roi qui viendra nous voir quand il voudra.








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Excellent. Tu croques toujours si bien les adolescentes... Et tes expression et le niveau de langage s'adape à leur univers. C'est vraiment une belle histoire, bien tappée, bien dans le temps, avec cette aspiration secrète des ados pour une rencontre avec la nature dans ce qu'elle a de plus mystérieux...


Comment tu fais pour écrire si vite? je suis jalouse Non sincèrement, il t'a fallu combien de temps our l'écrire celle-là?


En fait, moi quand j'ai fini d'écire un chapitre ou un nouvelle, je suis dedans tellement qu'il me faut décanter longtemps pour pouvoir écrire autre chose. Ce qui n'est manifestement pas ton cas...
Mahatma Bandit

Merci Florence.
Je dirais 3-4 heures, cette fois très interrompues par je ne sais pas combien de choses. Heureusement, l'histoire était bien en place dans ma tête. J'écris vite, grâce à ça. Et aussi, j'étais porté par une très forte envie, presque physique, d'accomplir ce recueil. Plus, en ce moment, j'ai une bonne concentration et tout sort bien. Dans d'autres périodes, avant de revenir dans ton auberge l'été-automne dernier, je les commençais, mais elles "rataient" au sens "cuisine" du terme . Il n'y avait plus personne là-dedans.
Pour l'histoire elle-même, je pensais aussi au recueil global, qui est conçu pour par exemple avoir tant de grand-mères, tant de femmes-femmes, tant d'ados, tant d'histoires de tel type, tant d'histoires d'un autre type, etc, l'ensemble est très organisé. Là, c'était au tour de la jeunesse de s'exprimer.
Dans l'histoire, la seule chose dont je n'étais pas sûr, c'est pourquoi Eva voulait qu'elles courent. À un moment, je pensais pousser l'histoire dans d'autres directions, j'ai hésité entre plusieurs choses, Eva voulait absolument reconstituer un squelette, ou Daphné faisait une tentative de suicide ou Eva et Appoline avaient une relation charnelle, ou les trois aidaient un réfugié clandestin caché dans la forêt, puis j'ai finalement opté pour une approche plus "vie normale", avec une simple histoire d'amies, un de ces petits drames d'amitié dont cet âge a particulièrement le secret, mais baignée par la lumière animale du cerf.
C'était "les coulisses de la nouvelle", en direct sur l'auberge

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Au début, Apolline, je l'ai vue comme Eleanor, elle pense avec les mêmes mots. Et puis quand Daphné est arrivé, j'ai cru que c'était elle - et puis, à la fin, avec Roi, je sais maintenant que tu as ramené Eleanor dans le secteur : c'est bien Apolline.

La gageure étant la "grande amie" et dieu sait que ces amitiés laissent en nous leur empreinte tout au long de nos vies, mêmes si elles se défont deux ans plus tard - donc, la raison de la course je trouve cela très émouvant - bref, bon, je vais encore le dire, c'est super, tu es en pleine periode de création, Stéphane, surtout, ne laisse RIEN t'arrêter !

CC

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Il y a beaucoup de finesse dans l'observation des adolescentes et les dialogues! As-tu eu une seconde vie?
L'amitié inconditionnelle, malgré ses jugements et comparaisons, où on aime être aimé, le désir d'être apprécié, et puis le cerf qui ajoute une dimension presque apaisante, une force venue d'ailleurs.
C'est très bien imaginé!
Mahatma Bandit

Lise : oui mais pour l'auteur, elles ne se pilotent pas du tout de la même façon, Aliénor a l'âge de l'autonomie et Appoline non, elle ne pourrait pas traverser la France et se débrouiller comme le fait Aliénor. Pas grave, dans le sens où le champ de l'aventure humaine est infini, y compris dans un espace et un temps restreints. L'auteur doit simplement tenir compte de leurs réalités respectives.

Christiane : avant d'avoir une seconde vie, il faudrait que je comprenne déjà quelque chose à la première
Ce cerf me fait envie, du coup, là, .j'aurais vraiment aimé être à la place d'Appoline :)


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J'aime bien ta réponse!

J'ai lu il y a des années un livre qui devait s'intituler "le guetteur d'ombres" mais je dois vérifier,(je vais le faire de suite), de Pierre Moinot. Superbe récit sur un chasseur et un cerf.

Il y a, près du village où j'ai vécu mon enfance et mon adolescence un endroit où les gens autrefois (peut-être maintenant encore) allaient écouter le brâme des cerfs, la nuit.

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Pierre Moinot était membre de l'Académie française. Le livre s'appelle "le guetteur d'ombre" sans s.Je viens de voir qu'il est mort en mars 2007.
Ceci est anecdotique. Une histoire de cerf qui ne sert à rien, sauf à évoquer des souvenirs littéraires...
isa

oui, je suis d'accord, elle est sublime, celle-là... moi qui suis encore en plein dans les strates diverses des textes qui se veulent d'inspiration chamane, difficile de ne pas voir le magnifique animal comme un "compagnon", au sens chamane. Moi aussi, j'aurais voulu le rencontrer...

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On va tous tombés amoureux(ses) d'un cerf - mais c'est pas du tout moral ton histoire, mon pauvre Mahamat !! tu es sûr que nous n'allons pas nous retrouver au banc des accusés ? Bon, en tant que citoyenne américaine échapperais-je à la justice hexagonale ? Pourrais-je vous porter des confitures avec une lime cachée dans le pot ?



CC

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Dans mon commentaire plus haut, je devais écrire "as-tu eu une première vie" et pas seconde. Pour connaître si bien les gens, décrire ce qu'ils ressentent aussi justement, il faudrait plus d'une vie. Mais c'est vrai que la seule que nous avons est assez compliquée déjà.

Elles sont bonnes, tes confitures, Lise?

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Je suis moi aussi époustouflée par le véridique dans les dialogues ( ou pensées) de l'adolescente, par l'histoire qui pourrait être une tranche de vécu, et par la délicatesse des détails. C'est le style de Stéphane et il ne se corrode pas. Et surtout, nous en donner ici la primeur, quelle magnifique générosité : nous t'en devons merci - voilà c'est fait et un grand sourire d'amitié :b2:

Mes confitures sont bonnes... maintenant, la lime .. ça apporte une arrière goùt, non ? une sorte de poivre ?
CC

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Je cherchais le mot, un seul mot pour définir les trois dernières nouvelles offertes ici par Mahamat .. je viens juste de le trouver - ou plutôt, c'est lui, le mot, qui vient de me sauter dessus sans prévenir : Si je devais définir les nouvelles de Mahamat par un seul mot, ce serait TENDRESSE.

Et moi, je vous l'annonce tout cru, c'est le seul mot qui me fait marcher droit.
CC

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Tendresse et tolérance. D'accord avec toi, Lise!

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Tolérance aussi, Chris ! mais par un curieux retour de boomerang, il peut m'arriver d'être aussi intolérante d'une barre à mine quand je rencontre des intolérants .. qui peut m'expliquer ? ( y a-t-il un psy dans l'avion ?)Je cours lire les deux suivants
CC

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Ah! oui, je te comprends! Tu vois je suis tolérante...Parfois trop dit-on! ce qui n'est pas tout à fait exact.
Mahatma Bandit

Je dois dire, Isotchka,avec qui je suis entièrement d'accord, que j'ai pris un plaisir fou avec ce cerf et cette forêt, qu'une partie de mon coeur sera toujours proche de ce que j'appelerais, faute d'une définition meilleure, un monde non-romain, un monde où tout est vivant (tout l'est, de toute façon, mais je veux dire, "officiellement", "ouvertement".)
Pas pour rien que je suis pseudoté Kernunnos à un moment :)
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