Soleil sans disciples - 1. La nuit de la Reconstruction

1 appréciations
Hors-ligne


Monte le signal, efface le bruit.
-Peter Gabriel, Nusrat Fateh Ali Khan :
-





Soleil sans disciples

1. La nuit de la Reconstruction.





mais toi tu as vu la forêt
je veux dire la forêt dans la forêt
là où le cerf se courbe et se fait coupe
là où le soleil
éclaire par en-dessous

et l’Avatara aux insectes brillants dans les cheveux
-je ne me suis pas lavé pendant dix ans
de peur de perdre la trace de ses yeux sur moi-

puis la guerre
pour reprendre une seule maison puis la peindre
le bruit des pelles qui rebouchent les sources
le flot qui s’enfonce le chant qui cesse brusquement
d’adoucir la vie

la forêt claque comme un berceau que l’on brûle

sans plus de chemin qui mène à elle
au chant des insectes disposés en arc-de-cercle
au sommet de ses cheveux
eux d’où sont venues les visions
qui nous disaient que rois et reines de chez nous
devaient porter des couronnes
-oubliant au passage que ces couronnes
devaient aussi chanter-

et la guerre a pris fin
les pistes du vent que l’on casse
pour que l’autre ne vole pas
et les affiches détaillant les peines
nous enlevons une lettre aux noms des ancêtres
des prisonniers ennemis
une seule lettre et c’est bien pire que les tuer

nous voilà à la reconquête
de la ville où nous avons grandi
reprendre une seule pièce
un seul meuble une seule latte de parquet
la moitié d’un visage dans une vieille photo
posée sur un meuble miraculeusement intact
une seule lèvre et la peindre

les familles sont parties
laissant derrière elles des objets de tous les jours
tombés des carrioles
une planche à roulettes ouverte en deux
mi-vulve mi-tapis volant
une poupée couchée au carrefour
qui dit encore joyeux noël
et nous sommes en février
toutes les milices l’évitent
même les véhicules encore en état de marche
tous ont peur d’elle
appellent le campement
on leur répond que c’est peut-être l’Avatara
qui nous observe de plus près
on l’évite comme une fleur sacrée
on voudrait qu’elle recouvre tout

-et tous les animaux morts qui n’avaient rien fait
qui va les rendre ?-

mais toi tu as vu la forêt dans la forêt
tu dis que l’Avatara s’est réfugiée
dans le soleil profond pour y pleurer
pour s'y laver de nous
et le jour d’en-bas
par sa lumière qui traverse la terre
et remonte jusqu’à nous
donne a la peau de tous
la même teinte ambrée
et tous de s’inventer des cousins
des voyages où l’on a laissé quelques enfants
là-bas
non loin de la rive
à peine de l’autre côté

mais toi tu as vu la fleur tout recouvrir
et sous un pétale la poupée a dit
maintenant c’est à vous
et sa voix était si douce
que c’était comme si tu n’avais jamais tué

écoute sa lumière dans la nuit au milieu de la rue
ses rayons qui balaient les gravats
avancent vers nous
et semblent déjà remettre les maisons debout
à cette heure nous ne dormons pas encore
-nous essayons de réparer
nous pleurons pour laver l'offense-

elle ne dit rien et étend son bras
pour nous montrer où aller
et les insectes dans ses cheveux
forment un large faisceau
malgré l’heure il ne fait plus froid
tous regardent dans la direction
de la forêt dans la forêt

et toutes ces bêtes impatientes qui courent devant elle
toutes ces bêtes qui courent de joie
-j’en suis une-
qui courent de bonne volonté et de remords
armées de pelles et de pioches
pardon pardon Avatara
toutes ces bêtes qui cherchent les sources
pour les faire revivre



Dernière modification le jeudi 10 Décembre 2020 à 20:27:22
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)
Vous ne disposez pas des permissions nécessaires pour répondre à un sujet de la catégorie Poésie (Atelier).

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 80 autres membres