Soleil sans disciples - 2. Vole avec les ingrammes

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Sol du Sud, compagne de Mâni
Étendit son bras droit vers le rebord du ciel
Sol ne savait où se trouvait sa demeure
Mâni ignorait quelle puissance il avait
Les étoiles ne connaissaient pas leur place

- Völuspá, 5ème strophe, X ou XIème siècle, Islande.


Glósóli, par Sigur Ros  :







Soleil sans disciples
2. Vole avec les ingrammes


Un jour j’ai été habité
il y avait ce mur
presque safran dans le soir
pur comme une joue de femme
ce mur et ses grains de crépi
que je caressais en insistant un peu
avec l’envie enfantine de les récolter

un semis d’ombres sur le mur
des ombres fines comme des odeurs
dansent
des longs draps découpés qui laissent passer le jour
je ne trouve pas la sortie
alors je m’aide des étoiles *
une bouche s’ouvre et la pierre chante

ce qui tient dans ta main
tient dans cette maison
trouve les ingrammes

cela s’ouvre dans le mur
un sexe un cratère je ne sais pas
cela s’ourle de lèvres qui ondulent
cela aspire et engloutit tout
puis me rend mes ancêtres
dans l’ordre inverse de leur disparition
tous furieux
tous me crient je ne t’aime pas
tous me chantent
ce qui tient dans toute ta vie
tient dans un seul mot
trouve le mot
même si tu dois déchirer ton corps
jusqu’à trouver l’organe qui le recouvre
trouve la princesse dans le mur
ouvre ses lèvres lourdes de givre
colore ses lèvres blanches
fais voler ses seins

trouve les ingrammes
les légers qui guérissent le sexe des songes
les pardons ailés
ronds comme les pommes d’or du coffre d’Idunn

un jour j’ai été habité
et pour survivre je léchais des lampes
projetée sur la pierre granuleuse
légère de tout visage
mon ombre avait un petit corps trapu
et un poing immense qui voulait devenir fleur

les ingrammes sortaient de moi
libres de tout poids
entraient dans le mur
la cherchaient et la trouvaient
montaient en flux rouge
revivaient le courant jusqu’à l’autre porte
vulve aorte poumons bouche
puis en étoile vers tous ses membres
- des graines que l’on souffle et qui semblent
s’éparpiller ici et là
mais qui suivent de très anciennes pistes-
et frôlent au passage au passage les longs rideaux d’ancêtres

et le mur chante
-dans cette seule seconde
l’épopée tient toute entière-
récolte les grains dans ta main enfin ouverte
vole avec les ingrammes

et de la pierre jaillissent des enfants





*ces deux vers : dans la chanson de Sigur Ros










Dernière modification le mardi 22 Décembre 2020 à 02:36:18
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)
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