Un si bref été - 1. La première histoire

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Socrate baissa la voix pour chuchoter ;
— Eh bien, vous pourriez vous glisser par la porte des serviteurs et prétendre faire
partie des musiciens de la soirée.
(Martin Millar, La déesse des marguerites et des boutons d'or)

Rodoplado, par Luisa Lacerda (cf Trois crêtes avant toi) :





Un si bref été.
1- La première histoire


tu n'as pas de plaques blanches comme nous
ni rouges comme elle
nous ne l'avons pas vue d'assez près
simplement un matin
elle a chanté dans notre langue
elle a chanté ses plaques
comme pour se présenter

bientôt disait sa chanson
quand elle ouvrirait les bras
elle ressemblerait à un amaryllis

les tiennes sont bleues
viens-tu du ciel ?
ou sont-elles bleues comme la peur du premier printemps après le nuage ?

rien n'a percé la neige jusqu'à très tard
nous avons tous cru mourir de regret

où sont les fleurs
où sont les pommes
les prunes les abeilles et les ruisseaux
où sont les ballons des baptêmes de l'air
où sont les ailes des vacanciers ?

si nombreuses au-dessus de nous dès l'arrivée des beaux jours
chacune portant un premier vol
bouche grande ouverte sur une extase d'enfant

où sont les enfants ?
ils ne vivent plus avec nous

ni d'en-haut ni d'en-bas
il en vient parfois la nuit en meute
les enfants du dessus et les enfants du dessous se rejoignent à hauteur du nuage
ils viennent tuer une ou deux bêtes par nécessité
puis écraser un visage ou deux à coups de pierre par plaisir

leurs yeux brillent dans la nuit
d'une lumière pure et tremblante

va vite la rejoindre
écoute
elle s'est mise à chanter plus vite
elle a du flairer ton approche
le vent descend vers elle
et personne n'ose faire comme toi
courir vers elle entraîné par ton cœur
tu tiens à peine debout
tant ton cœur est déjà loin et te tire
tant il est déjà auprès d'elle

un jour
un jour il y aura la guerre
la guerre entre ceux du bas
et ceux du haut
peut-être leur envierons-nous leurs arbres
et eux notre ciel
nous dévalerons sur eux
ils grimperont sur nous

moi je crois que les enfants nous dévoreront tous avant pour nous en empêcher
qu'il ne restera plus personne depuis la vallée jusqu'au sommet
plus personne qu'eux et leur petit ventre arrondi
plein de ce qui restera de nous

les enfants accroupis en cercle
autour de cette femme qui chante
ses pieds trempés dans la rivière

tous autour de toi qui lui parle comme personne ne lui a jamais parlé

les enfants ferment les yeux
et pleurent de soulagement
c'est la première histoire qu'on leur raconte depuis le nuage
c'est la première histoire depuis ce matin où ils ont toussé pendant des heures
la peau brûlait les cheveux n'étaient plus des cheveux mais des longues bêtes agressives et tordues

le cœur savait que la vie
-s'il devait y en avoir une-
ne serait jamais plus comme avant

la rivière
les petits galets mouillés que tu as pris dans ta main pour rythmer sa chanson
tout cet amour qui serpente sous l'eau
encore timide
tout cet amour qui nage de l'un à l'autre et revient

les enfants sont heureux
c'est la première histoire depuis le jour où ils ont cru mourir
c'est la première histoire et elle est vraie






* => Trois crêtes avant toi



Dernière modification le jeudi 13 Septembre 2018 à 16:25:35
Remercie pour la lumière du jour
pour ta vie et ta force
-Tecumseh, chef Shawnee


*
Avatar : Déesse Epona, bois de chêne, alliage cuivreux, tôle d'argent et pâte de verre, Ier-IIème siècle, Saint Valérien, Bourgogne (actuelle Yonne)

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